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LES DROITS DE LA PERSONNE AU CANADA : Perspective historique

Article 33 - Disposition dérogatoire:
une clause qui permet d'échapper à la Charte

17 avril 1982

Pour comprendre l'article 33, il faut retourner en arrière. Loin en arrière.

Notre forme de gouvernement parlementaire a commencé en Angleterre sans constitution officielle, écrite. Le pouvoir de légiférer incombait tout d'abord au roi, puis au Parlement, et c'était un pouvoir quasi absolu. Les tribunaux interprétaient les lois sans avoir le pouvoir de les adopter ni d'y déroger. Les gouvernements avaient le pouvoir d'adopter les lois qu'ils jugeaient nécessaires. Le Canada avait toujours connu ce type de gouvernement et la majorité de la population en était satisfaite.

L'enchâssement dans la Constitution de la Charte canadienne des droits et libertés modifie cet état de choses. Il place la Charte au-dessus du pouvoir des gouvernements. Les tribunaux ont désormais pour tâche d'examiner les lois et de juger si elles sont conformes à la Charte, faute de quoi elles sont abrogées.

Les tribunaux canadiens se sont tout à coup retrouvés investis de beaucoup plus de pouvoir. Aux États-Unis, la Déclaration des droits est enchâssée dans la Constitution américaine. Les magistrats non élus se sont servis de leur pouvoir pour abolir les lois sur l'avortement et pour mettre fin à la ségrégation raciale dans les écoles sans le consentement du Congrès dont les membres sont élus. Certaines personnes au Canada - et tout particulièrement les gouvernements provinciaux - craignent que la Charte limite la démocratie et donne trop de pouvoir aux tribunaux.

À la demande des premiers ministres provinciaux, une solution de compromis a été ajoutée à la Charte. Il s'agit de l'article 33. Cette disposition donne aux gouvernements fédéral et provinciaux le pouvoir d'adopter une loi qui déroge à l'article 2 et aux articles 7 à 15 de la Charte, à la condition que cette dérogation soit expressément déclarée.

L'article 33 est une clause qui permet d'échapper à la Charte. Il permet à un gouvernement d'adopter certaines lois comme si la Charte n'existait pas. On ne peut toutefois pas avoir recours à cette disposition pour abolir le droit de vote, la liberté de circulation et les droits à l'instruction dans la langue de la minorité.

La Charte est une arme à double tranchant. D'une part, elle limite le pouvoir des gouvernements d'adopter des lois qui bafouent les droits de la personne; d'autre part, elle limite le pouvoir des représentants élus de façon démocratique d'accomplir la volonté de la population.

Faits futurs

Jusqu'en l'an 2000, deux provinces seulement auront recours à la « disposition dérogatoire » - le Québec et la Saskatchewan. (Le Québec n'a jamais signé de la Constitution après son rapatriement.)

Lorsque la Charte est entrée en vigueur en 1982, toutes les lois du Québec ont été abrogées et immédiatement promulguées à nouveau avec l'ajout de la disposition dérogatoire prévue à l'article 33. En outre, toutes les nouvelles lois du Québec sont promulguées avec la disposition de dérogation. On mettra éventuellement fin à cette pratique. Puis, en 1988, le Québec s'est servi de la clause non obtante pour protéger la loi québécoise sur la langue qui exige l'affichage en français seulement, loi qui, selon la Cour suprême du Canada, contrevient à la Charte.

La Saskatchewan aura recours à la disposition dérogatoire pour protéger une loi de retour au travail adoptée pendant un conflit de travail. Ironiquement, la Cour suprême du Canada aura finalement décidé que cette loi ne contrevenait pas à la Charte, de sorte qu'on n'aurait eu nul besoin d'invoquer cette disposition.

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