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Introduction

Les réactions des gens aux facteurs présents dans leur environnement varient énormément. Par exemple, nous savons que les personnes aux cheveux roux et aux yeux bleus sont sensibles au soleil et que leur peau brûle plus facilement que les peaux foncées. Ce que l’on sait peut-être moins, c’est que certaines personnes ont des réactions débilitantes à d’autres éléments de leur environnement, comme les produits chimiques ou le rayonnement électromagnétique. En dépit d’un consensus croissant au sein de la communauté médicale et de la société en général à l’effet que les produ its chimiques présents dans l’environnement est une question préoccupante, l’hypersensibilité environnementale n’est ni universellement reconnue ni entièrement comprise.

Ce rapport, élaboré à l’intention de la Commission canadienne des droits de la personne, examine, dans une perspective médicale, diverses questions liées à l’hypersensibilité environnementale. Le rapport traite d’abord du diagnostic de l’hypersensibilité environnementale et des affections fréquemment observées, ainsi que de la gamme de problèmes de santé pouvant découler de l’hypersensibilité environnementale. Cette partie est suivie d’un aperçu de la reconnaissance accordée à l’hypersensibilité environnementale par les organismes internationaux, fédéraux, provinciaux et municipaux, et du degré de considération qu’obtient le sujet dans les milieux médicaux. Le rapport aborde ensuite les facteurs initiateurs, les déclencheurs et les symptômes liés à l’hypersensibilité environnementale, tout en portant une attention particulière à la façon dont cette affection influe sur le rendement professionnel des personnes qui en sont atteintes. Cette section est suivie d’un examen des recherches médicales sur le développement et la manifestation de l’hypersensibilité environnementale, et d ’une discussion sur la façon dont cette affection est diagnostiquée et traitée. Les dernières sections du rapport décrivent comment les codes, les règlements, les politiques et les lignes directrices régissant la construction traitent des questions influant sur la qualité de l’environnement. Des lignes directrices sur l’optimisation de l’environnement intérieur et l’ adaptation des locaux en fonction des besoins des personnes atteintes d’hypersensibilité sont aussi présentées, de même que les coûts et les avantages des mesures de protection. Pour les personnes intéressées à consulter les documents scientifiques et techniques originaux, une bibliographie annotée, est disponible, en anglais, sur demande en vous adressant à environmentalhealthmed@gmail.com.

Qu’entend-on par « hypersensibilité environnementale  »?

Le terme « hypersensibilité environnementale » désigne une multitude de réactions aux produits chimiques, au rayonnement électromagnétique et à d’autres facteurs environnementaux, à des niveaux d’exposition habituellement tolérés par de nombreuses personnes. On ne comprend pas encore complètement ces phénomènes. Les effets néfastes de certains agents environnementaux toxiques, comme des métaux (p. ex., plomb, mercure), des poussières de pierre (p. ex., amiante, silice), des produits chimiques (p. ex., hydrogène sulfuré, dioxine) et différents agents biologiques (p. ex., venin de serpent ou de scorpion), sont toutefois mieux compris1.

Le terme « hypersensibilité environnementale » ne désigne pas une affection simple et unique, ayant une cause universelle. Les personnes qui en souffrent peuvent faire un lien entre leurs symptômes et leur environnement; par exemple, elles pourront remarquer que les symptômes apparaissent lorsqu’elles se trouvent dans un endroit donné ou lorsqu’elles sont exposées à un ou plusieurs facteurs, comme des produits chimiques, des matières biologiques ou des phénomènes électromagnétiques. Le tableau 1 contient une liste de termes utilisés pour décrire différentes formes d’hypersensibilité environnementale.

La présence d’affections concomitantes, lesquelles sont aussi énumérées dans le tableau 1, vient complexifier le portrait clinique. Les expositions à l’environnement ne sont peut-être pas en cause dans tous les cas et chez tous les patients, mais il faut garder en tête qu’une gamme de facteurs peuvent contribuer à rendre une personne malade.

Tableau 1 : Appellations utilisées pour désigner les formes d’hypersensibilité environnementale et les affections concomitantes courantes2,3

Formes d’hypersensibilité environnementale

État de réactivité accrue à l’environnement
Syndrome allergique total
Tolérance diminuée induite par les substances toxiques (TDIST)
Polysensibilité chimique
Hyperpolysensibilité chimique
Intolérances aux produits chimiques
Syndrome de la guerre du Golfe
Intolérance environnementale idiopathique
Maladie environnementale
Lésions chimiques / allergie aux produits chimiques
Lésions toxiques
Syndrome des bâtiments hermétiques
Syndrome des bâtiments malsains
Maladie du 20e siècle
Maladie induite par les produits chimiques
Chimiophobie
Hypersensibilité / intolérance aux phénomènes électromagnétiques
Maladie des ondes radio

Affections concomitantes courantes

Fibromyalgie
Encéphalomyélite myalgique
Syndrome de fatigue chronique
Syndrome de fatigue post-virale
Neuromyasthénie post-infection
Grippe des « yuppies »
Douleurs chroniques
Migraine
Arthrite
Allergies
Rhinite
Asthme
Syndrome d’intolérance alimentaire
Maladie céliaque
Syndrome du côlon irritable
Dépression majeure
Trouble anxieux ou panique
Hypothyroïdisme

*liste dressée à partir de la littérature2,3, avec l’apport de collaborateurs

Compte tenu de la complexité de cette affection, la section suivante porte sur les critères permettant de déterminer si une personne souffre d’hypersensibilité environnementale.

Critères diagnostiques

Les critères diagnostiques sont établis de telle façon que l’examen d’un patient donné aboutira aux mêmes conclusions, peu importe le médecin. Ces critères sont donc importants tant à des fins de traitement que de recherche.

En ce qui concerne la polysensibilité chimique, 34 médecins et chercheurs nord-américains d’expérience ayant examiné les profils de symptômes de milliers de patients en sont arrivés à un consensus au sujet des critères permettant de poser un diagnostic :

  • les symptômes sont reproductibles au gré des expositions répétées;
  • l’affection est chronique;
  • le syndrome se manifeste à de faibles niveaux d’exposition [plus bas que les niveaux qui étaient tolérés auparavant ou qui sont tolérés habituellement];
  • les symptômes s’atténuent ou disparaissent lorsque l’exposition aux irritants a cesse;
  • le patient réagit à diverses substances non reliées chimiquement;
  • les symptômes touchent divers appareils ou systèmes de l’organisme4.

Un examen systématique de la littérature a permis de confirmer les critères diagnostiques, et donne à penser que les symptômes neurologiques pourraient être un critère additionnel2. Les critères diagnostiques établis par consensus ont aussi été validés, car ils ont permis de déceler le problème tant chez les patients les plus susceptibles que chez les patients les moins susceptibles d ’être atteints, parmi 2 546 patients de centres médicaux de Toronto affichant une prévalence d’hypersensibilité tantôt élevée, tantôt faible. Dans la même étude, on a aussi relevé une combinaison de quatre symptômes neurologiques permettant de distinguer les personnes risquant le plus de souffrir de polysensibilité chimique : avoir un sens de l’odorat plus développé que la moyenne; se sentir morose/faible; avoir l’impression de « planer »; avoir de la difficulté à se concentrer5. Un profil conforme à ces critères diagnostiques est aussi observé dans le cas d’hypersensibilité aux phénomènes électromagnétiques 6-8.

Prévalence

Les critères diagnostiques sont utilisés par les médecins pour identifier un problème de santé chez un patient, et par les chercheurs pour déterminer la proportion de la population souffrant de l’affection à un degré suffisamment grave pour avoir besoin de soins médicaux. Certaines personnes sensibles à l’environnement sont moins gravement touchées et ne demandent parfois pas de soins. Les études auprès de ces personnes se font habituellement par des questions plus générales sur leur réaction aux parfums ou à d’autres produits chimiques d’utilisation courante.

En janvier 2007, Statistique Canada a révélé que 5 % des Canadiennes et des Canadiens (1,2 million de personnes) sont atteints de « symptômes physiques médicalement inexpliqués », y compris de polysensibilité chimique, de fibromyalgie et de douleurs chroniques9.

Selon l’Enquête nationale sur la santé de la population menée par Statistique Canada en 2003 (N=135 573) b, la prévalence de la polysensibilité chimique diagnostiquée par un médecin était de 2,4 % chez les personnes de 12 ans et plus9, et de 2,9 % chez les personnes de 30 ans et plus10. L’Enquête nationale sur le travail et la santé du personnel infirmier de 2005 a révélé que 3,6 % des infirmiers et infirmières au Canada souffraient d’hypersensibilité aux produits chimiques (N=18 676)11. Dans la population américaine générale, la prévalence de la polysensibilité chimique diagnostiquée par un médecin serait de 3,1 % à Atlanta, en Georgie (N=1 582)12, tandis qu’elle atteindrait 6,3 % selon une enquête à grande échelle menée en Californie (N=4046)13.

Le nombre de personnes atteintes d’hypersensibilité moins grave serait encore plus grand. Dans une enquête nationale menée aux États-Unis, 11 % des 1 057 participants ont dit souffrir d’une sensibilité accrue (ont déclaré se sentir malades) aux produits chimiques d’usage courant, une proportion atteignant 16 % en Californie13, et 33 % dans les régions rurales de la Caroline du Nord15. On n’est pas certain dans quelle mesure les personnes aux prises avec des intolérances bénignes courent un risque accru d’acquérir une véritable hypersensibilité environnementale débilitante. Toutefois, des études récentes ont révélé des liens génétiques avec l’hypersensibilité16-22, ainsi que des différences biochimiques entre les personnes sensibles et les populations « témoins »23. En outre, une expérience clinique indique que la hausse de l’exposition aux produits chimiques est associée à une hausse des symptômes, et a pour effet d’élargir l’hypersensibilité à davantage d’irritants3,24.

L’hypersensibilité environnementale touche davantage les femmes que les hommes. Les femmes étaient près de deux fois plus nombreuses que les hommes à souffrir du « syndrome des bâtiments malsains » dans une étude allemande25, et environ 60 à 80 % des personnes chez qui l’on diagnostique une hypersensibilité environnementale dans diverses enquêtes sont des femmes5,12,26-30.

Selon des enquêtes en population générale 12,29,30, l’hypersensibilité environnementale touche tous les groupes socio-économiques. Une analyse menée récemment au Canada indique que les personnes faisant partie des groupes socio-économiques les moins favorisés sont plus susceptibles de signaler des symptômes médicalement inexpliqués que les personnes des groupes socio-économiques les plus favorisés9. En revanche, les enquêtes menées en clinique ou par des groupes de citoyens indiquent que les personnes souffrant d’hypersensibilité qui sont très instruites ou fortunées ont davantage tendance à demander des soins médicaux ou à se procurer une auto-assistance5,27,28.

N’importe qui peut souffrir d’hypersensibilité, même à un âge précoce31,32. Chez les enfants, les problèmes respiratoires, d’apprentissage et de comportement peuvent être associés à des toxines provenant de la mère, ainsi qu’à une multitude de facteurs, y compris l’exposition à des pesticides, la qualité de l’air intérieur et les aliments13,33-39. Des études ont révélé que la prévalence de l’hypersensibilité environnementale s’accroît avec l’âge. Au Canada, par exemple, la prévalence des symptômes physiques médicalement inexpliqués (fatigue chronique, fibromyalgie et polysensibilité chimique) est de 1,6 % chez les personnes de 12 à 24 ans, et de 6,9 % chez les personnes de 45 à 64 ans9. Dans une enquête de Statistique Canada auprès du personnel infirmier canadien, 1,4 % du personnel infirmier de moins de 35 ans signale une hypersensibilité aux produits chimiques, une proportion qui passe à 3,7 % chez les personnes de 35 à 44 ans, et à 4,3 % et à 4,8 %, respectivement, dans les groupes d’âge supérieurs11. De la même manière, dans des études menées en Arizona, 15 % des étudiants et 37 % des participants plus âgés ont dit souffrir d’une sensibilité accrue aux produits chimiques30,40. L’augmentation de la prévalence de l’hypersensibilité avec l’âge est une question digne d’intérêt si l’on songe au vieillissement de la population active et aux soins offerts aux personnes âgées.

Contrairement aux parfums et aux moisissures, les champs électromagnétiques passent habituellement inaperçus. Aussi l’hypersensibilité aux phénomènes électromagnétiques, en dépit de sa plausibilité, est-elle peu reconnue41. On estime que 1 à 3 % de la population de divers pays souffrirait de sensibilité aux phénomènes électromagnétiques42.

Résumé

L’hypersensibilité environnementale peut être en cause dans une multitude d’affections liées à des circonstances (p. ex., bâtiments malsains), à des populations (p. ex., anciens combattants), à des symptômes chroniques (p. ex., douleur ou fatigue) ou à des facteurs initiateurs/déclencheurs (p. ex., « lésions chimiques » ou « maladie des ondes radio »). Les critères établis pour le diagnostic d’hypersensibilité aux produits chimiques offrent aux médecins et aux chercheurs un cadre pour l’étude de ces affections. Ce profil peut aussi s’appliquer à l’hypersensibilité liée aux phénomènes électromagnétiques, quoique les études dans ce domaine soient moins répandues.

Les études visant à déterminer la proportion de la population atteinte à divers degrés d’hypersensibilité environnementale reposent sur l’identification du problème. L’établissement de critères diagnostiques se refléterait dans la prévalence récemment déclarée (environ 1 million de Canadiens) de cas d’hypersensibilité diagnostiqués par un médecin. Des données indiquent que jusqu’à un tiers de la population pourrait ressentir un inconfort. L’hypersensibilité environnementale touche environ deux fois plus de femmes que d’hommes, et augmente avec l’âge. L’hypersensibilité peut découler de certains métiers à plus haut risque et touche davantage les pauvres, tandis que les personnes fortunées sont les plus susceptibles de recevoir un traitement.

a. Irritant : facteur de l’environnement qui provoque des symptômes.
b. « N » désigne le nombre de participants à une étude.

 

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