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Origines de l’hypersensibilité environnementale

Les causes et les mécanismes liés à l’hypersensibilité environnementale sont un sujet chargé de controverse. La présente section contient une analyse des débats à savoir si les causes sont physiques ou psychologiques, et si l’hypersensibilité est apparentée à l’allergie. La section porte aussi sur les divers mécanismes et racines toxicologiques attribués à l’hypersensibilité.

La controverse

Il existe un débat à savoir si l’hypersensibilité environnementale est d’origine psychologique ou physique. Cette question a été largement abordée par Thomson dans le rapport du comité spécial sur les hypersensibilités environnementales60. Selon ce rapport, les patients constatent que les médecins tentent de se réfugier sous la coupe des troubles psychiatriques devant l’impossibilité de trouver une cause biologique à leurs maux. Concernant ce débat, Thomson fait aussi remarquer que ceux qui perçoivent la maladie comme une simple manifestation psychologique sont aussi inflexibles que ceux qui la perçoivent comme un trouble strictement biologique. En effet, traiter un patient uniquement sur le plan psychologique ou uniquement sur le plan physique n’est pas conforme au modèle biopsychosocial global utilisé en médecine. Ce modèle reconnaît que le corps, l’esprit et l’environnement (social et physique) sont interreliés et sont des facteurs de bien-être importants88.

Origines physiques ou psychologiques

Bien que les biopsies nasales de personnes souffrant de polysensibilité chimique aient révélé des anomalies au niveau des tissus et un plus grand nombre de fibres nerveuses89,90, et que l’on ait constaté que les symptômes induits par les produits chimiques s’accompagnent d’un facteur de croissance du tissu nerveux élevé91, il n’existe pas de test de diagnostic non invasif (p. ex., analyse de sang ou d’urine) qui permette dans tous les cas de déceler la présence d’hypersensibilité environnementale. Par conséquent, les médecins fondent leur diagnostic sur les symptômes décrits par le patient et sur les déclencheurs. L’auto-déclaration est une méthode normale pour identifier les symptômes psychologiques, ce qui en amène certains à conclure que l’hypersensibilitépourrait avoir une origine psychologique92. Cela a des répercussions importantes sur le traitement, les mesures d’adaptation du milieu de travail, l’indemnisation et la responsabilité93,94.

En 2003, des auteurs ayant beaucoup écrit sur les fondements psychologiques de l’hypersensibilité ont analysé les études publiées sur l’hypersensibilité environnementale. Ils ont soumis les théories physiques et psychologiques aux critères de Hall (force des preuves, constance/reproductibilité, spécificité, temporalité, gradient biologique, plausibilité, cohérence, données expérimentales et analogie). Selon leur analyse, l’hypothèse des origines physiques a été infirmée selon tous les critères, tandis que l’hypothèse des origines psychologiques a été corroborée selon tous les critères95,96. Pour en arriver à cette conclusion, les auteurs ont fait des suppositions quant aux résultats non publiés d’autres chercheurs, et ont réanalysé des données de recherche telles que les réactions des personnes sensibles à des épreuves d’inhalation, et leurs résultats à des tests neurologiques et à des examens par imagerie cérébrale. Leurs conclusions étaient aussi fondées sur une vision classique de la toxicologie (les limites de ce paradigme ont mené à la création du National Center for Toxicogenetics au sein du National Institute of Environmental Health Sciences des États-Unis).

Bien que certains chercheurs croient que l’hypersensibilité environnementale puisse avoir des origines strictement psychologiques, un examen mené en 1994 a permis de relever des problèmes méthodologiques et logiques dans les recherches en psychologie alors recensées97. Les réactions d’hypersensibilité à l’environnement provoquées par des épreuves d’inhalation peuvent ressembler aux réactions liées au trouble panique, lequel est considéré comme une affection psychiatrique98,99. Toutefois, il est difficile de distinguer les réponses physiologiques des réactions psychologiques liées à l’anxiété72. Les tests neurologiques qui produisent des résultats anormaux chez les patients souffrant d’hypersensibilité environnementale produisent aussi des résultats anormaux chez les personnes atteintes du syndrome de fatigue chronique100 et les personnes exposées à des produits neurotoxiques101. En outre, le seul test qui permettait de distinguer les personnes hypersensibles à l’environnement des personnes en bonne santé était un test complexe de mémoire verbale101,102. Une autre étude récente conclut que les symptômes d’exposition aux métaux lourds et aux solvants sont psychosomatiques103. Cette conclusion est fondée sur l’absence de corrélation entre les hypersensibilités déclarées et les concentrations de contaminants dans l’urine des travailleurs. Cette relation n ’est toutefois pas toujours mise en évidence, car les métaux lourds et les polluants organiques s’accumulent dans les graisses, les organes et les os, et le métabolisme et l’excrétion varient d’une personne à l’autre104,105. Cela signifie que les concentrations présentes dans l’urine ne sont pas nécessairement représentatives des charges corporelles.

Des recherches récentes auprès de populations de patients mieux définies ont mené à la conclusion qu’il est plus probable que les symptômes psychiatriques soient causés par les symptômes d’hypersensibilité environnementale que l’inverse106,107. En effet, l’apparition de l’hypersensibilité précède habituellement les symptômes de dépression et d’anxiété chez les personnes hypersensibles, 1,4 % des patients ayant signalé des problèmes avant l’apparition des hypersensibilités, et 38 % ayant signalé des symptômes de dépression et d’anxiété, entre autres, après l’apparition des hypersensibilités12. Bien que des problèmes émotionnels et comportementaux, y compris la dépression, soient plus fréquents chez les personnes souffrant d’hypersensibilités et de fibromyalgie que chez la population générale100, les symptômes psychologiques ne peuvent être mis sur le seul compte des troubles psychiatriques108-111. Des personnes souffrant d’une maladie chronique mal reconnue – affectant leurs fonctions cérébrales, nuisant à leur qualité de vie et à leur capacité de gagner leur vie, et ayant des répercussions sur leur famille et leurs amis – souffriraient de détresse psychologique. On pourrait donc s’attendre à ce qu’elles se disent anxieuses et déprimées29,60,112.

Des découvertes récentes voulant que des facteurs environnementaux comme les pesticides et les moisissures soient liés à des symptômes tels que la dépression et l’anxiété ne font qu’ajouter à la complexité du problème113,114,114-116 .

Une autre recherche indique que les interventions psychologiques ne sont pas entièrement efficaces. Par exemple, la thérapie cognitivo-comportementale, utilisée pour désensibiliser une personne à la peur de réagir à des substances, n’a réduit que partiellement les symptômes dans un seul cas117. Les médicaments et les interventions psychologiques peuvent être utilisés pour traiter les phobies ou le trouble panique118, mais pour les personnes sensibles à l’environnement, des bienfaits durables ont été obtenus uniquement par l’évitement des irritants28. Dans une enquête auprès de 917 personnes souffrant de polysensibilité chimique, les tranquillisants et les antidépresseurs se sont avérés les traitements les moins efficaces et ont causé des torts28 (peut-être en raison d’une incapacité génétique à les métaboliser16). Dans une autre étude, le traitement psychologique de symptômes physiques médicalement inexpliqués n’a rien donné de plus que les soins prodigués par un omnipraticien119.

Des médecins à la recherche des traitements les plus efficaces ont découvert que lorsque les personnes souffrant d’hypersensibilité environnementale étaient placées dans un environnement non contaminé dans lequel leurs symptômes physiques étaient soulagés, leurs symptômes psychologiques disparaissaient également120. Avant que des interventions psychosociales puissent s’avérer utiles, les symptômes liés à l’hypersensibilité doivent être soulagés efficacement (par des logements, des milieux de travail, des aliments, de l’eau, etc. salubres)121. Dans une vaste enquête sur les traitements menée auprès de patients, le fait d’éviter les irritants s’est avéré la stratégie la plus efficace, suivie de méditation et de prières pour s ’attaquer aux aspects psychologiques de l’affection28.

Les gens présentent parfois des prédispositions génétiques à l’hypersensibilité. En raison de polymorphismes génétiques, les enzymes permettant de détoxifier les produits chimiques et de métaboliser les drogues sont moins efficaces chez certaines personnes. La prévalence de ce caractère est plus élevée chez les patients souffrant de polysensibilité chimique16-19,22,55,122 et les anciens combattants de la guerre du Golfe qui sont tombés malades20,21. Fait intéressant, ces gènes sont aussi plus courants chez les enfants ayant acquis une leucémie123 (les très jeunes enfants sont particulièrement susceptibles car un foie non mature a une faible teneur en enzymes19). On a relevé chez les patients atteints de polysensibilité chimique une prévalence plus élevée d’un gène ayant été associé avec un fondement biochimique du trouble panique 124.

Cet examen indique que des facteurs physiques contribuent à l’hypersensibilité environnementale. De nombreuses questions demeurent cependant non résolues au sujet de l’hypersensibilité et de l’interaction entre les processus biochimiques, neurologiques et psychologiques125. Il est important pour la société d’en arriver à une compréhension commune, afin que les personnes atteintes d’hypersensibilités environnementales soient soignées plus efficacement.

Allergie et rôle du système immunitaire

Le fait de décrire l'hypersensibilité environnementale comme étant « une allergie à tout » a aussi engendré de la controverse, et les recherches se poursuivent sur le rôle du système immunitaire dans cette affection. Les personnes hypersensibles à l’environnement souffrent souvent d’écoulement nasal et d’affection respiratoire réactionnelle, avec des symptômes asthmatiformes, mais elles ne souffrent pas nécessairement d’allergies au sens classique.

Pour le profane, les termes « allergie » et « réaction indésirable » peuvent sembler équivalents, mais au sens médical, l’allergie désigne un type particulier de réaction de l’organisme, qui entraîne une inflammation. Les allergies sont une réaction immunitaire qui se produit lorsqu’une exposition à un allergène (p. ex. pollen, squames d’animaux, venin d’abeilles, protéine d’arachide) stimule le système immunitaire qui produit des anticorps d’immunoglobuline E. La réexposition peut provoquer un ensemble de symptômes inflammatoires, de l’éruption cutanée, l’urticaire, la rougeur oculaire ou l’écoulement nasal, jusqu’à l’asthme ou l’anaphylaxie présentant un danger de mort. Toutefois, les anticorps d’immunoglobuline E ne sont pas présents lors des réactions à des concentrations très faibles de formaldéhyde126,127. Il n’en demeure pas moins que les personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale peuvent également souffrir d’allergies classiques, et souffrent en fait davantage d’allergies que la population générale. En outre, on dénote un chevauchement considérable entre l’asthme et la polysensibilité chimique14,15.

Bien que l’hypersensibilité ne relève pas de la réponse allergique classique, le système immunitaire peut néanmoins être touché. Des autoanticorps anti-neuraux (anticorps qui s’attaquent aux propres nerfs du patient) peuvent apparaître en réaction à des environnements où l’on trouve des moisissures128. L’hyper-réactivité induite par les parfums et les produits chimiques s’accompagne d’un facteur de croissance nerveuse élevé90, et l’exposition aux champs électromagnétiques peut affecter la réponse immunitaire6.

Explications possibles

Expositions chimiques

Dans l’histoire récente, la population canadienne a été exposée à de nouveaux produits chimiques synthétiques, dont le nombre s’est accru rapidement. Aussi, il existe plus de 23 000 produits dont les effets sur la santé n’ont jamais été évalués. En milieu de travail ou ailleurs, les produits chimiques peuvent pénétrer dans l’organisme par ingestion, par inhalation ou par absorption cutanée. Les personnes hypersensibles à l’environnement identifient souvent l’exposition aux produits chimiques, tant aiguë que chronique, comme étant le facteur qui a déclenché leur problème ou qui les a menées « au bord du précipice » 3,30,74. Cela est fort possible, car nombreuses sont les personnes hypersensibles qui auraient plus de difficulté, pour des raisons génétiques, à métaboliser les produits chimiques16-19,22,55,122.

Le bon fonctionnement de l’organisme dépend de substances chimiques (p. ex., hormones) ainsi que de signaux électriques, lesquels sont nécessaires pour que tous les systèmes (p. ex., appareil circulatoire, appareil digestif, système endocrinien et système nerveux) fonctionnent en harmonie. Les produits chimiques étrangers peuvent imiter les substances chimiques émettant des signaux comme les hormones (p. ex., œstrogène, hormones thyroïdiennes, testostérone, etc.), envoyant ainsi les mauvais messages ou bloquant la transmission de ces derniers. Les produits chimiques peuvent aussi inhiber ou stimuler la production d’enzymes, invalidant ou déviant d’importantes voies biochimiques. La neurotoxicité développementale devient de plus en plus importante dans la compréhension des rôles joués par les substances chimiques dans le développement humain39,129.

Les produits chimiques naturels ou synthétiques peuvent aussi affecter les voies biochimiques et le développement par « épigénèse », processus selon lequel les gènes sont marqués pour être « lus » ou pour être « silencieux ». Ces changements peuvent se transmettre aux générations suivantes130,131.

Après l’effondrement du World Trade Center à New York, en 2001, les pompiers et les travailleurs ont été exposés à une multitude de substances ayant des toxicités variables. Bon nombre ont souffert de graves difficultés respiratoires, de même que d’hypersensibilité environnementale et d’autres symptômes décrits au tableau 7132. Dans cet exemple, on s’inquiètera que certains problèmes puissent être traités inefficacement par une intervention axée sur le stress post-traumatique, attendu que l’on est parvenu à réduire ou à éliminer les symptômes en utilisant un régime de détoxification au moyen d’un sauna, combiné à l’administration d’antioxydants et de suppléments d’acides gras essentiels133, pour accroître l’élimination des contaminants.

Les produits chimiques synthétiques courants ont été mesurés dans de nombreux tissus, à toutes les phases de la vie53,65,134-139. La biosurveillance (mesure des contaminants dans l’organisme, comme le font les Centres for Disease Control aux États-Unis104) est un domaine de recherche en émergence qui aborde les liens entre le taux de contaminants, le niveau d’exposition et les risques pour la santé140.

Les travailleurs canadiens présentent des charges corporelles variables de métaux lourds et de polluants organiques, ainsi que des capacités naturelles différentes à métaboliser et à excréter les produits chimiques, ce qui les expose à un large éventail de risques d’apparition d’hypersensibilités ou d’autres problèmes de santé. L’hypersensibilité aux produits chimiques peuvent prédisposer les gens à une sensibilité accrue à d’autres facteurs, comme les rayonnements électromagnétiques, et vice-versa6,141.

Sensibilisation neurale

La prévalence élevée de symptômes neurologiques chez les personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale a attiré l’attention sur le phénomène d’« embrasement » au niveau du système nerveux. Ce phénomène se produit lorsque des expositions répétées de faible intensité à des produits chimiques ou à des courants ou des champs électromagnétiques en viennent à entraîner des symptômes à des niveaux qui étaient tolérés auparavant142-144. Ce processus amplifie les réponses neurochimiques, comportementales, endocriniennes et/ou immunologiques.

Le système limbique a été identifié comme une cible pour l’embrasement. Il s’agit d’une partie fondamentale du cerveau, qui régit les fonctions autonomes responsables du maintien de l’homéostasie biologique. Ce système joue un rôle dans le sens de l’odorat, le sommeil, les émotions et le comportement, ainsi que dans l’apprentissage et la mémoire à court terme. Le système limbique peut acquérir une sensibilité aux agresseurs, après quoi il réagira même à de très faibles stimuli143,145, suscitant des symptômes comme ceux qui accompagnent l’hypersensibilité environnementale. Le système limbique du cerveau est directement affecté par l’entremise du nerf olfactif présent dans le nez, et par les produits chimiques inhalés qui contournent la barrière hémato-encéphalique.

Sensibilisation des récepteurs

Les signaux chimiques et électriques qui régissent les systèmes de l’organisme mettent en cause des « récepteurs ». Lorsqu’une substance chimique normale de l’organisme, un neurotransmetteur par exemple, se lie aux sites récepteurs, ceux-ci provoquent des cascades de réactions. Ces sites peuvent devenir sur-sensibilisés et provoquer des effets indésirables lorsqu’ils sont « activés » par des contaminants comme les solvants organiques volatils, le formaldéhyde ou les mycotoxines146,147. Par exemple, l’activité des récepteurs vanilloïdes (qui répondent à la capsaïcine dans le piment de Cayenne) est plus élevée chez les personnes souffrant d’hypersensibilité aux produits chimiques146.

La sensibilité accrue des récepteurs de l’acide gamma-aminobutyrique (GABAA), ainsi qu’un système cholinergique anormal f, interviennent dans l’hypersensibilité aux produits chimiques148,149. Le GABA joue un rôle dans la transmission des signaux nerveux, influant sur la fonction motrice, la vision et l’anxiété (ce qui suggère une fois de plus l’existence d’un lien physiologique avec les symptômes psychologiques).

Les récepteurs du N-méthyl-D-aspartate (NMDA) se situent dans le système limbique, ainsi que dans de nombreux autres tissus. L’activation des récepteurs du NMDA entraîne des taux élevés d’oxyde nitrique et de peroxynitrite (un agent oxydant), des substances qui jouent un rôle important dans l’inflammation.

Cycle inflammatoire

Certains ont avancé qu’un taux élevé de peroxynitrite contribue à la sensibilisation neurologique, ainsi qu’à un cycle inflammatoire chronique présent dans un ensemble de maladies, y compris la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, le syndrome de stress post-traumatique et la polysensibilité chimique147,150. Les mitochondries (la partie de la cellule où l’énergie cellulaire est régulée), les membranes cellulaires et un important système enzymatique contribuant à la détoxification (cytochrome-P450) sont tous affectés par des taux élevés, et cela a d’importantes conséquences biologiques, comme la perturbation neurologique, la douleur, la fatigue et le disfonctionnement des organes. Ce modèle explique également l’efficacité observée en clinique des phagocytes d’oxyde nitrique, de la vitamine B12 et de diverses combinaisons d’antioxydants dans le traitement de ces maladies chroniques.

La théorie du cycle inflammatoire offre un point de départ pour la conduite de recherches fondées sur des hypothèses et pour la mise au point de traitements. Elle complète la théorie selon laquelle l’embrasement peut expliquer la sensibilisation, et tient compte non seulement de la prépondérance des symptômes neurologiques liés à l’hypersensibilité environnementale, mais aussi du vaste éventail d’autres symptômes150.

Surcharge

Le modèle du « syndrome général d’adaptation » est le fondement de la médecine moderne. Il décrit comment l’organisme répond aux « agresseurs » (p. ex., agents chimiques, exercices intenses, pertes émotionnelles). Si le stress ne tue pas, il provoque initialement une réponse « fuite/lutte », suivie d’une période d’adaptation, puis d ’une résistance à l’agresseur. À terme, si le stress dure longtemps, ou en cas de montée soudaine de stress, les mécanismes d’adaptation s’épuisent. Cela entraîne l’effondrement généralisé des systèmes de l’organisme et un état maladif non spécifique151. La reconnaissance de ces réactions physiques universelles aux agresseurs de tous types, lesquelles sont médiées par l’axe faisant intervenir l’hypophyse, l’hypothalamus et la corticosurrénale, a fait naître la science de la psycho-neuro-endocrino-immunologie152-154.

Ashford et Miller ont décrit ce scénario comme étant une « tolérance diminuée induite par les substances toxiques » (Toxicant-Induced Loss of Tolerance ou TILT), un paradigme de maladie affectant un vaste groupe représentatif de la société, y compris les anciens combattants, les travailleurs de nombreuses professions et industries, et les enfants dans les écoles mal ventilées ou mal entretenues3,73. On traite cette surcharge d’agents toxiques en réduisant le nombre d’agresseurs, y compris les produits chimiques et les allergènes présents dans l’organisme, le milieu environnant, les aliments et l’eau, de même que les champs, les courants et les rayonnements électromagnétiques. La réduction des facteurs de stress émotionnel peut aussi aider155.

Résumé

Tout bien considéré, les preuves scientifiques et l’expérience indiquent que l’hypersensibilité environnementale est en général issue de causes physiologiques, quoiqu’elle ait de nombreuses conséquences neurologiques et psychologiques. Les réponses physiologiques aux facteurs environnementaux varient énormément d’une personne à l’autre, et les expériences vécues par chaque personne doivent jouer un rôle important dans le choix des traitements. Ce n’est qu’après que les facteurs environnementaux qui initient et déclenchent les manifestations d’hypersensibilité ont été écartés (par un logement, un lieu de travail, des aliments et une eau salubres) que les interventions psychosociales peuvent aider les personnes atteintes. Le modèle biopsychosocial global de la médecine, qui tient compte du corps, de l’esprit et de l’environnement, est par conséquent le cadre le plus approprié et le plus efficace pour traiter l’hypersensibilité environnementale125. L’approche la plus concrète, laquelle est conforme à l’exercice de la médecine moderne, consiste à réduire au minimum les expositions potentiellement nocives sur le lieu de travail, pour préserver la santé de tous les travailleurs. Une fois qu’une personne a acquis une hypersensibilité, elle demeurera toujours susceptible aux récurrences. Aussi, même si elle recouvre la santé et son rendement au travail, elle gardera une prédisposition à l’hypersensibilité environnementale sa vie durant.

f. Le système cholinergique est la partie du cerveau dans laquelle l’acétylcholine est un neurotransmetteur. Ce système joue un rôle important dans l’apprentissage et la mémoire. Il est affecté dans la maladie d’Alzheimer.

 

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