Diagnostic et traitement de l’hypersensibilité
Les personnes souffrant d’hypersensibilité environnementale consultent souvent plusieurs médecins avant que leur affection soit reconnue. Lorsqu’ils consultent pour la première fois, les patients éprouvent parfois de nombreux symptômes, lesquels sont dus à une exposition constante ou fréquemment répétée à des facteurs environnementaux qu’ils ne sont pas en mesure de tolérer.
Les médecins adoptent une approche systématique pour établir des liens entre les symptômes des patients et leur environnement, car il n’existe pas de test de diagnostic unique ou définitif pour identifier l’hypersensibilité environnementale. Il faut procéder à une évaluation complète des antécédents de santé et d’exposition du patient65,69, à un examen physique approfondi et aux tests courants. Il faut en outre écarter les autres affections possibles, ou traiter celles-ci, de façon à réduire au minimum leur contribution au mauvais état de santé du patient. Ensuite, les critères diagnostiques déterminés par consensus concernant l’hypersensibilité environnementale, et renforcés par des symptômes distinctifs5, peuvent être utilisés pour « confirmer » le diagnostic d’hypersensibilité environnementale, à l’aide d’une liste de contrôle destinée aux médecins65,156.
La théorie voulant qu’une maladie soit causée par des toxines se verra renforcée si l’analyse chimique du sang, de l’urine, des cheveux ou des tissus révèle des taux élevés de toxines. Toutefois, les toxines sont omniprésentes dans notre organisme, aussi faut-il considérer les données dans le contexte des antécédents d’exposition et des symptômes. Inversement, le fait qu’un produit chimique toxique ne soit pas détecté dans le sang ou l’urine ne prouve pas qu’un tel produit n’a pas provoqué la maladie. Il est possible que le produit chimique ait été métabolisé et excrété, ou qu’il ait été emprisonné dans les graisses, les organes ou les os, et que sa concentration dans le sang ou l’urine soit donc plus faible au moment où les prélèvements sont faits. Néanmoins, la surveillance de la teneur en produits chimiques toxiques et en biomarqueurs comme les enzymes peut jouer un rôle important dans le suivi des progrès du patient. L ’établissement d’une surveillance normalisée est nécessaire pour la conduite d’autres recherches sur l’hypersensibilité environnementale et d’études sur les méthodes permettant de réduire les charges corporelles (p. ex., chaleur, exercice et médicaments, tels que des agents de chélation qui accélèreront l’excrétion g)132,133,157. Le manque de disponibilité ou d’accès à une expertise et à des services analytiques, ainsi que le manque de fonds pour payer les tests, peuvent limiter la capacité d’identifier et de surveiller les teneurs en biomarqueurs et en toxines.
Une fois qu’un diagnostic d’hypersensibilité environnementale a été établi, il existe une multitude de stratégies pour traiter l’affection et vivre avec celle-ci158,159. L’évitement des agents qui déclenchent les symptômes et l’élimination des produits chimiques toxiques emmagasinés dans l’organisme sont des conditions essentielles au traitement de l’hypersensibilité environnementale. La salubrité du logement, de l’école ou du lieu de travail, des aliments et de l’eau est la toute première priorité. La consommation d’ eau purifiée ou d’eau de source peut réduire l’exposition aux contaminants présents dans l’eau160. Il peut être nécessaire de faire des travaux de nettoyage ou de rénovation dans la maison et sur le lieu de travail, et parfois, également, de filtrer l’air aux deux endroits.
Les sensibilités alimentaires sont courantes chez les personnes hypersensibles à l’environnement et les aliments en cause peuvent être détectés par une diète d’élimination ou de rotation. La maladie cœliaque, une réponse immunitaire au gluten présent dans de nombreuses céréales, est un bon exemple d’intolérance alimentaire qui reste souvent non diagnostiquée. En Italie, un dépistage annuel est effectué jusqu’à l ’âge de six ans. Au Canada toutefois, aucun dépistage systématique n’est en place, et les symptômes sont parfois présents depuis des mois, voire des années, lorsque les tests sont effectués. Le délai entre l’apparition des symptômes (certains étant vagues et n ’étant pas toujours décelés par les médecins) et le diagnostic posé par un simple test entraîne une dégradation de la santé et du bien-être, et peut avoir des conséquences graves, y compris des problèmes neurologiques et le diabète161-164. Comme c’est le cas de toute la gamme des manifestations de l’hypersensibilité environnementale, la maladie cœliaque est chronique; les problèmes de malabsorption et de « fuites intestinales » qui y sont liés peuvent mener à diverses toxicités; elle est sous-diagnostiquée; et le traitement le plus efficace et le plus important consiste à éviter le gluten.
Une fois que l’exposition aux irritants est éliminée, les interventions utiles incluent :
- traitement des infections gastro-intestinales qui, en l’absence de traitement, peuvent entraîner l’absorption de toxines internes et d’antigènes alimentaires à grosses molécules, ou inversement, mener à une mauvaise absorption des nutriments;
- régimes pour améliorer la détoxification et l’élimination, comme les saunas et l’exercice physique;
- réduction de la contamination par les métaux lourds au moyen d’agents de chélation oraux et intraveineux contre les métaux toxiques (se sont avérés sûrs pour éliminer le plomb chez les enfants165; font actuellement l’objet d’essais cliniques auprès d’enfants autistes
157,166);
- vitamines par voie orale et intraveineuse;
- maintien de l’homéostasie hormonale, étant donné que bon nombre des toxines observées sont des perturbateurs endocriniens;
- redressement des irrégularités biochimiques;
- désensibilisation aux aliments et/ou aux matières inhalées;
- soutien psychologique, social et spirituel;
- mesures d’adaptation du milieu de travail;
- soutien financier pour que soit assurée la salubrité des lieux de travail, des logements, des aliments et de l’eau.
Résumé
Le diagnostic d’hypersensibilité environnementale nécessite que l’on identifie et que l ’on traite systématiquement les conditions qui contribuent au mauvais état de santé, puis que l’on détermine si les profils de symptômes qui demeurent répondent aux critères diagnostiques. La reconnaissance précoce, l’évitement des agents qui déclenchent des symptômes, les mesures de contrôle environnemental, les traitements pouvant réduire les toxines résiduelles et le recouvrement de processus biologiques normaux sont des conditions essentielles au rétablissement d’une bonne santé, pour les personnes sensibles. En l’absence d’aliments, d’eau, de logements et de lieux de travail salubres, les personnes sensibles à l’environnement peuvent acquérir des incapacités graves et être contraintes de cesser de travailler12,60,78.
g. Les agents de chélation se lient aux métaux toxiques, comme le plomb ou le mercure, et entraînent leur dissolution dans le sang, où ils peuvent être excrétés par les reins ou le foie