Symbole du

Aperçu

Élargir nos connaissances

Programme de recherche

Codes, règlements et guides du bâtiment

Les Canadiennes et les Canadiens passent une grande partie de leur temps à l’intérieur, et l’hypersensibilité environnementaleest généralement causée par certains aspects de l’environnement intérieur. Ainsi, la construction, les meubles et accessoires et l’entretien de l’environnement intérieur sont des éléments clés de toute intervention liée à l’hypersensibilité environnementale.

La présente section expose des initiatives gouvernementales qui visent la construction en ce qu’elle touche les personnes hypersensibles aux facteurs environnementaux. Sont également exposées des lignes directrices, et leur fondement scientifique, concernant la qualité de l’air intérieur, ainsi que les incidences des travaux de construction et de rénovation sur les gens atteints d’hypersensibilité environnementale. Des thèmes comme les parfums, les moisissures et la lutte antiparasitaire sont abordés. Il est toujours préférable de prévenir la pollution, mais à l’intérieur, la prévention ne suffit pas. La ventilation est donc importante pour garantir la qualité de l’air intérieur. Finalement, les phénomènes électromagnétiques et l’hypersensibilité à ces phénomènes sont discutés.

Codes du bâtiment

Les codes du bâtiment, ces manuels qui contiennent les règles à suivre pour construire les environnements intérieurs, sont les premières sources à consulter pour trouver des normes susceptibles d’aborder l’hypersensibilité environnementale.

Initiatives internationales

La nécessité d’améliorer les lois, codes et initiatives touchant les personnes hypersensibles aux facteurs environnementaux est reconnue à l’échelle internationale et des gestes sont faits en ce sens.

Tableau 8 : Initiatives internationales en matière de construction

Pays/Continent

Initiatives

Organismes internationaux

L’ASHRAE a examiné les normes de qualité de l’air dans les bâtiments industriels en vigueur aux États-Unis et en Allemagne. Elle a conclu que ces normes ne sont pas conçues pour protéger les personnes hypersensibles aux facteurs environnementaux. Dans de nombreux cas, les valeurs sont établies de façon à prévenir une irritation à court termeh.

D’éminents scientifiques ont signé la résolution Benevento (février 2006) affirmant qu’il existe une preuve scientifique importante et de plus en plus convaincante que de faibles champs électromagnétiques basse fréquence et radiofréquence ont des effets biologiques et des conséquences sur la santé. Ces scientifiques ont recommandé d’intensifier la recherche et d’adopter une approche prônant davantage la précaution dans les normes, les niveaux d’exposition recommandés et les technologies offertes sur le marché43.

Europe

Le Parlement européen a adopté, en décembre 2006, une loi historique (Registration, Evaluation, Authorisation and Restriction of Chemicals – loi REACH), qui oblige le remplacement des produits chimiques les plus dangereux par des produits moins toxiques. Elle vise les matériaux de construction, les produits de finition, les meubles et accessoires, et les équipements44.

Danemark, Agence de protection de l’environnement

Une revue des données scientifiques concernant la polysensibilité chimique a mené à la conclusion que l’actuelle réglementation danoise, qui limite le recours aux matériaux dégageant des émanations dans l’environnement intérieur, pourrait avoir entraîné un recul de l’incidence d’hypersensibilités dans la population danoise. Il a donc été recommandé que des mesures plus sévères soient prises pour prévenir l’hypersensibilité environnementale46.

Australie, Human Rights and Equal Opportunity Commission

La commission a recommandé que les besoins des personnes hypersensibles aux facteurs environnementaux soient pris en compte lors des révisions futures du code du bâtiment167.

Angleterre

Il a été recommandé d’améliorer les codes du bâtiment de façon à garantir l’accessibilité des personnes hypersensibles i.

É.-U., Californie

Le code du bâtiment contient des dispositions concernant l’aménagement volontaire de « locaux à air sain »168,169. Il s’agit de locaux situés dans des immeubles publics qui sont conçus et entretenus de façon à minimiser les composés organiques volatils (COV). De plus, les corridors menant à ces locaux offrent une qualité d’air comparable, et il est interdit aux utilisateurs des locaux de faire usage de produits parfumés et d’y apporter de la nourriture.

United States Access Board

Coopère avec le National Institute of Building Sciences et d’autres partenaires en vue d’établir des lignes directrices pour garantir l’accessibilité des bâtiments aux personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale.169

American Society of Heating, Refrigeration and Air-conditioning Engineers (ASHRAE)

Les textes réglementaires canadiens renvoient aux lignes directrices de l’ASHRAE sur la ventilation des bâtiments. Les Canadiens sont donc tenus de respecter ces normes pour la ventilation des bâtiments neufs.

L’ASHRAE a fait remarquer que ses normes en matière ventilation peuvent être insuffisantes pour les personnes présentant un degré élevé d’hypersensibilitéj.

Elle a recommandé une bonne filtration de l’air, dans le cas où un occupant est hypersensible ou allergiquek.

Suède

Reconnaît l’électrosensibilité comme un handicap physique.

Des établissements de soins de santé ou les champs et rayonnements électromagnétiques sont très faibles ont été aménagés pour les personnes hypersensibles6.

Kazakhstan

Ce pays a émis un décret qui limite à 50 millivolts les micro-surtensions radiofréquence dans les conducteurs afin d’atténuer les effets nocifs des facteurs physiques sur la santé humaine (6 novembre 2003).

Initiatives du gouvernement fédéral du Canada

Tout comme la collectivité internationale, le Canada applique des codes, règlements et guides qui reconnaissent une certaine forme d’hypersensibilité environnementale. Les codes édictés au palier national n’ont pas force de loi. Mais ils s’inscrivent dans un cadre global qui accorde de plus en plus d’importance aux répercussions de l’hypersensibilité environnementale sur la vie quotidienne.

La Commission canadienne des codes du bâtiment et de prévention des incendies, comptant sur l’expertise et l’appui de l’industrie, des organismes de réglementation et des groupes d’intérêt public, élabore et met à jour six codes modèles nationaux pour les bâtiments : le Code modèle national du bâtiment du Canada, les Codes modèles nationaux de l’énergie pour les bâtiments et pour les habitations, et les codes modèles de prévention des incendies, de construction des bâtiments agricoles, et de plomberie. Les codes régissant l ’utilisation de l’électricité, du gaz et du pétrole sont élaborés par l’Association canadienne de normalisation170. Les codes modèles nationaux servent de guides (au même titre que l’information sur la santé publiée par l’ICIS). Ils constituent une norme minimale pour les structures et la ventilation, et pourvoient à la sécurité incendie et à la sécurité des occupants, lors de la conception et de la construction des bâtiments170.

Tableau 9 : Initiatives nationales canadiennes en matière de construction

Codes, règlements ou lignes directrices

Initiatives

Codes modèles nationaux170

 

Ces codes donnent des conseils sur des produits/mesures susceptibles de maximiser la qualité de l’environnement intérieur, comme les membranes de protection contre l’émanation d’humidité ou de radon du sol; l ’isolation thermique; les revêtements pare-vapeur pour les murs, les systèmes de chauffage, de ventilation et de conditionnement d’air (CVCA), et la plomberie; la ventilation des aires de travail, des cuisines, des entrepôts, des entretoits, des vides sanitaires, des garages, etc.; la prévention de la croissance de micro-organismes; l’importance d’éliminer à la source les contaminants atmosphériques; et les critères à respecter pour éviter les chutes de pression pouvant provoquer des refoulements d’ air provenant de sources de contamination comme des garages ou des appareils de combustion.

Conseil national de recherches du Canada

Mène des recherches sur les effets des contaminants sur la santé; la ventilation, le chauffage et la climatisation; l’efficacité énergétique; et l’étanchéité à l’air de l’enveloppe du bâtiment, aussi bien en laboratoire que sur le terrain (c.-à-d. dans des habitations, des immeubles commerciaux, des hôpitaux et des écoles)170.

Société canadienne d’hypothèques et de logement

A publié des guides sur l’hypersensibilité envioronnementale, y compris des ouvrages sur la construction qui traitent de caractéristiques de conception et de méthodes et matériaux de construction novateurs, de qualité de l’air intérieur, de ventilation, de chau ffage et de climatisation, et de la contamination par les moisissures et les bactéries. Une des publications populaires de la SCHL s ’intitule Matériaux de construction pour les personnes hypersensibles à l’environnement .

A construit une maison modèle pour les personnes hypersensibles à Ottawa. C’est dans cette maison qu’a été faite l’annonce, en 2006, de diverses initiatives du gouvernement fédéral concernant les produits chimiques toxiques.

Environnement Canada et Santé Canada

Participent à des initiatives conjointes portant sur les produits chimiques toxiques dans l’environnement, notamment à la révision de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, de la classification des produits chimiques industriels et de divers règlementsl.

Le site Web Santé de l’ environnement et du milieu de travail de Santé Canada offre de l’information sur l’air et le bruit, la pollution des sols et de l’eau, les changements climatiques, les contaminants environnementaux, la santé et la sécurité au travail, la lutte antiparasitaire et les rayonnements.

Le ministre de la Santé a proposé une ligne directrice sur la qualité de l’air intérieur résidentiel : moisissures en décembre 2006.

Association canadienne de la construction

Les lignes directrices concernant la construction et l’ élimination de la contamination fongique font référence à l’hypersensibilité environnementale172.

Initiatives des provinces

Les codes du bâtiment provinciaux, appartenant aux législations des provinces, doivent être calqués sur le Code modèle national du bâtiment du Canada, et peuvent inclure d’autres normes, selon les conditions et pratiques locales. La surveillance de la conformité aux codes provinciaux est assurée par des agents nommés à cette fin, les provinces ayant la possibilité de déléguer leurs pouvoirs aux paliers de gouvernement inférieurs170.

L’Association des architectes de l’Ontario a publié des lignes directrices sur les moisissures et l’infiltration d’eau dans les bâtiments. Elle reconnaît que des mesures supplémentaires peuvent être nécessaires pour protéger les personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale173.

Rôle des municipalités

Les municipalités peuvent, si elles le veulent, aller plus loin que les provinces et édicter des règles plus rigoureuses en ce qui a trait à la construction ou l’utilisation des bâtiments (p. ex., prescriptions concernant les matériaux et les méthodes de construction, ou le rejet de fragrances et d’assouplisseurs de tissus dans l’air évacué par les sèche-linge). Les institutions, comme les gouvernements, les conseils scolaires ou les universités peuvent se conformer aux lignes directrices en matière de conception environnementale ou établir des dispositions spécifiques pour leurs propres bâtiments (p. ex., la politique « sans sans-fil » de l’Université Lakehead).

Résumé

La législation canadienne ne prévoit pas de norme qui protégerait les personnes hypersensibles aux facteurs environnementaux. Les codes du bâtiment traitent de sujets comme la résistance des structures, mais ils sont muets sur beaucoup d’ autres facteurs qui influent sur la qualité de l’environnement intérieur, comme les matériaux de construction ou la mise en service du bâtiment (temps nécessaire à la libération des émanations avant l’occupation). Tant que les codes et guides du bâtiment seront perçus comme suffisants pour protéger la santé et sécurité, il sera difficile d’instaurer des lignes directrices plus sévères et de mener des travaux de R-D sur des matériaux et méthodes plus sûrs.

Qualité de l’ environnement intérieur

La qualité de l’environnement intérieur couvre une foule de choses, allant de la température et de l’éclairage à la qualité de l’air, au bruit et aux phénomènes électromagnétiques. De nombreux travaux scientifiques ont porté sur la qualité de l’air. Il existe dans le monde différentes normes sur la qualité de l’air, qui visent toute une gamme de produits chimiques susceptibles de se retrouver dans l’air intérieur. L’Organisation mondiale de la santé a publié récemment des lignes directrices qui s’appliquent à l’Europe174. Mais beaucoup des produits chimiques visés par l’OMS175 ne sont pas expressément réglementés au Canada. Les employeurs canadiens ont le devoir, en vertu des législations provinciales sur la santé et la sécurité, de prendre des précautions raisonnables pour protéger les travailleurs contre une qualité de l’air inacceptable, y compris contre une concentration de contaminants de l’air qui dépasserait les lignes directrices régissant les milieux de travail. Il existe aussi des lignes directrices pour les immeubles résidentiels, mais elles n’ont pas force de loi. Les normes et lignes directrices applicables aux milieux de travail sont généralement peu sévères, de crainte qu’elles soient considérées trop coûteuses ou impossibles à appliquer dans les établissements industriels.

On trouvera ci-après un exposé de certaines des menaces à la qualité de l’air intérieur. Sont aussi présentées la provenance de contaminants possibles, ainsi que des stratégies pour prévenir ou éliminer ces contaminants. Une attention particulière est portée aux moisissures, aux parfums, à la lutte antiparasitaire et aux phénomènes électromagnétiques.

Qualité de l’air

De nombreux contaminants peuvent miner la qualité de l’air intérieur :

  • les gaz, comme le dioxyde de carbone (CO2), le monoxyde de carbone et les composés organiques volatils (COV) (p. ex., la myriade de produits chimiques contenus dans les tapis et moquettes, le mobilier, les peintures, etc., ou les dégagements gazeux provenant des microbes);
  • les particules, qui peuvent comprendre la fumée, les métaux lourds et autres produits chimiques, le pollen, les pellicules, les bactéries et les particules et spores de moisissures.

Une concentration excessive de CO2 provoque des malaises et l’apport d’air frais prévient généralement ce problème. Il peut être utile de mesurer le CO2 pour déterminer si un immeuble occupé à pleine capacité est correctement ventilé, mais il faut aussi tenir compte des nombreux autres contaminants de l’air générés par le bâtiment et son contenu. De plus, comme une installation est rarement occupée à pleine capacité toute la journée, les niveaux moyens de CO2 calculés sur 24 heures sous-estiment les expositions réelles et sont donc inutiles176. La santé et le bien-être dépendent de la concentration réelle de CO2. D’où la nécessité de faire des mesures en continu, en temps réel et étalées sur plusieurs jours, pour déterminer les concentrations maximales. Dans les immeubles à bureaux sans autre source de dioxyde de carbone que les occupants (p. ex., sans appareil de combustion ou de prise d’air à proximité d’une sortie d’échappement), la mesure du CO2 peut aussi servir d’indicateur des polluants produits par les occupants. Mais on ne saurait comparer les mesures de CO2 prises dans des immeubles où sont exercées des activités différentes (p. ex., cuisson ou combustion), qui affichent des taux d’occupation différents, ou qui appliquent des règles différentes concernant les parfums ou le tabagisme177.

Les COV sont émis par une multitude de sources, comme l’environnement bâti (matériaux de construction, meubles et accessoires, équipements), les parfums qui se dégagent des produits de nettoyage et des produits d’hygiène personnelle, des odeurs provenant de la préparation d’aliments et de l’air d’appoint. Quatre-vingt-dix produits chimiques ont été désignés substances prioritaires, parmi les quelque 2 300 produits chimiques présents dans l’air intérieur175,176,178. Le Canada possède très peu de lignes directrices sur ces substances, mais il est prévu de réglementer celles-ci en vertu de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement179.

La poussière peut contenir de l’amiante, des pesticides, des micro-organismes, comme des champignons et des bactéries, des métaux lourds (p. ex., du plomb), des fragments de composés entrant dans la fabrication de produits en plastique (plastifiants, ignifugeants, apprêts antitaches) ou des produits animaux (p. ex., squames félines, acariens détriticoles, etc.). Toutes ces substances peuvent causer des infections, provoquer des allergies ou des manifestations d’hypersensibilité environnementale, ou avoir des effets toxiques.

Les lignes directrices sur la qualité de l’air sont fondées sur des tests de toxicité effectués sur des animaux de laboratoire, et sur des échantillonnages effectués dans les milieux de travail pour déterminer l’exposition humaine. Ce système présente plusieurs failles, ce qui explique pourquoi les lignes directrices ne réussissent pas toujours à protéger les personnes atteintes d ’hypersensibilité environnementale :

  • les rats possèdent des enzymes de détoxification qui n’existent pas chez les humains; les valeurs de toxicité ne sont donc pas toujours applicables aux humains180;
  • la neurotoxicité (associée à l’essor de l’hypersensibilité environnementale), notamment la neurotoxicité développementale susceptible d’entraîner des problèmes comme l’autisme et l’hyperactivité avec déficit de l’attention chez les enfants, n’est pas toujours étudiée129;
  • la recherche sur les travailleurs est biaisée par l’« effet du travailleur sain ». Autrement dit, les travailleurs intolérants aux produits chimiques vont chercher du travail ailleurs. Par conséquent, on assiste à une « sélection naturelle » au sein du groupe des employés, dont sont exclues les personnes prédisposées à l’hypersensibilité aux produits chimiques. De plus, une absence de toxicité mise en évidence chez les adultes sains ne signifie pas que les enfants à naître sont protégés;
  • les lignes directrices portent sur la toxicité d’un seul produit chimique à la fois, tandis que le milieu de travail peut contenir de nombreux produits chimiques et agents biologiques provenant des procédés, des tapis et de l’ameublement, des personnes portant du parfum, des moisissures, des contaminants libérés par des appareils comme les photocopieurs, etc. Bref, ce système ne tient pas compte des toxicités combinées et synergétiques.

Matériaux de construction et meubles et accessoires

La grande priorité lorsque vient le temps d’optimiser la qualité de l’air intérieur est de réduire au minimum les polluants libérés dans l’air intérieur par le bâtiment et son contenu. Plusieurs organismes, dont la Société canadienne d’hypothèques et de logement, le Conseil national de recherches du Canada et l’American Society for Heating, Refrigeration and Air-Conditioning Engineers (ASHRAE)181 reconnaissent formellement cet impératif.

Un grand nombre de produits chimiques présents dans les plastiques, les colles, les peintures, les tapis, etc. peuvent être nocifs pour la santé; parmi ceux-ci, le formaldéhyde est un contaminant particulièrement courant182,183. Les produits mieux tolérés comprennent les matériaux en fibres naturelles, les panneaux muraux sans pesticide ajouté, le bois (des évaluations individuelles s’imposent), le métal, les carreaux de céramique et les produits de ciment (béton, coulis, etc.) exempts d’additifs toxiques.

Les matériaux et meubles bon marché sont parfois associés à une plus grande toxicité (p. ex., les produits de bois composite contenant du formaldéhyde). Les matériaux plus durables ont tendance à être mieux tolérés; de plus, à long terme, ils peuvent signifier des coûts moindres, un entretien minimal, et une meilleure qualité de l’air.

Au Canada, les matériaux de construction ne sont pas évalués sous l’angle précis de leur faible toxicité pour les personnes hypersensibles aux facteurs environnementaux. Mais la SCHL offre de nombreuses publications, dont Matériaux de construction pour les personnes hypersensibles à l'environnement et Maison de recherche pour les personnes hypersensibles aux polluants environnementaux. L’ÉcoLogo (www.environmentalchoice.com) est un symbole qui identifie des choix écologiquement préférables pour plus de 300 types de produits. Cela étant, la santé n’est pas le critère principal de ce programme (par exemple, certains produits contiennent des parfums) et il ne reconnaît pas que parfois, le geste écologiquement préférable serait de s’abstenir d’acheter certains types de produits (p. ex., les « assainisseurs » d’air).

Des intérieurs novateurs peuvent être à la fois esthétiques et de bons choix pour les personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale. Mais le moindre détail compte. Par exemple, pour la réalisation des planchers en béton coulé dans des logements destinés à des personnes hypersensibles, on a remplacé l’huile de décoffrage classique par un liquide non parfumé toléré par les personnes atteintes d’hypersensibilité.

La « mise en service » d’un bâtiment comporte une période pendant laquelle on augmente le chauffage et la ventilation pour évacuer les vapeurs qui se dégagent des peintures, des composés à joints, des revêtements de sol et des équipements. Cette période sert à éliminer le plus possible les produits volatils avant l’occupation des locaux184.

Meubles, accessoires et équipements

Les meubles, accessoires et équipements contribuent de façon importante à la présence de COV dans l’air intérieur, et peuvent libérer des gaz longtemps85,186 . Les appareils comme les photocopieurs, les télécopieurs, les imprimantes laser et les plastifieuses compromettent aussi la qualité de l’air dans les bâtiments, parce qu’ils émettent des douzaines de polluants atmosphériques, y compris des COV, de l’ozone et du noir de charbon. Le fait de réduire au minimum les contaminants toxiques, comme les ignifugeants, les plastifiants, les métaux lourds et les solvants dans les appareils électroniques les rend à la fois plus sûrs et plus faciles à recycler187. Les spécifications concernant les appareils électroniques devraient indiquer que les signaux haute fréquence ne doivent pas s’introduire dans le câblage électrique8.

Parfums

Après la fumée du tabac, les parfums sont l’un des principaux contaminants de l’air présents dans les lieux publics et les milieux de travail, et ils affecteraient la plupart des personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale29,60,188. On trouve des parfums dans les produits d’hygiène personnelle, les détergents à lessive et les nettoyants, ainsi que dans une multitude d’autres produits, comme les papiers-mouchoirs, les lingettes et autres produits de papier. Les parfums sont fabriqués à partir des quelque 4 000 extraits végétaux ou animaux, ou produits chimiques synthétiques présentement connus. Un parfum peut contenir pas moins de 100 ingrédients189. Les parfums d’aujourd’hui contiennent davantage de produits chimiques synthétiques et sont plus forts et plus tenaces que ceux d’hier. Certains ingrédients irritent les voies respiratoires, déclenchent des crises d’asthme et sont toxiques pour le système neurologique. Certains figurent sur la liste des causes possibles de cancer et de déficiences congénitales188-191. Les ingrédients qui composent les parfums sont protégés par des brevets et leur toxicité n’est pas évaluée. De plus, ils ne figurent ni sur les étiquettes ni sur les fiches signalétiques (FS) du Système d’information sur les matières dangereuses utilisées au travail (SIMDUT), et ne sont pas visés par les règles d’étiquetage des produits d’hygiène personnelle.

Un produit est dit « non parfumé » lorsqu’aucun agent odorant n’y a été ajouté, mais certains nettoyants contiennent des ingrédients à odeur d’agrumes ou de pin, qui peuvent déclencher des réactions de sensibilité et/ou une crise d’asthme. Certains produits « non parfumés », comme les assouplisseurs de tissu, peuvent contenir des « agents masquants », qui ont pour rôle de couvrir l’odeur désagréable de l’ingrédient actif ou de contaminants. Les gens hypersensibles peuvent aussi réagir aux ingrédients de l’« assouplisseur », qui recouvrent les vêtements, s’évaporent lentement et contaminent la poussière.

Beaucoup d’organisations ont des politiques de milieu de travail sans parfum, y compris des hôpitaux q, des universités r et des organisations médicales, Santé Canada et le ministère de la Justice, des syndicats comme l ’AFPC192 et le SCFP, des commissions scolaires, de grands éd ifices (p. ex., le Centre national des arts) et l’Association pulmonaire.

Les politiques « sans parfum » peuvent aider à prévenir les nouveaux cas d’hypersensibilité aux produits chimiques. Il est important de respecter ces politiques pour le bien-être des personnes hypersensibles, car même après plusieurs lavages, les parfums peuvent persister dans les vêtements et les cheveux.

Microbes – moisissures et bactéries

Les moisissures sont de plus en plus reconnues au nombre des contaminants importants à l’intérieur des bâtiments, contribuant au syndrome de « bâtiment malsain » et à l’hypersensibilité environnementale193-195. Les moisissures peuvent aussi causer des problèmes neurologiques et psychologiques, y compris la dépression114,116. Elles ont aussi d’autres effets sur la santé et des recherches s’imposent pour approfondir leurs effets toxiques196. Les spores et les mycotoxines (substances chimiques produites par les moisissures) peuvent être à l’origine de réactions inflammatoires197 pouvant mener à l’asthme, d’allergies et de l’hypersensibilité environnementale194. Les moisissures peuvent causer des dommages au système nerveux, du fait qu’ elles stimulent les autoanticorps neuraux, la neuropathie périphérique et les anomalies neurophysiologiques128. L’élimination de la contamination fongique ne peut qu’améliorer la santé et le bien-être des travailleurs et réduire l’absentéisme34,86,198-203. Les personnes sensibles doivent être déplacées pendant les travaux de décontamination172.

La présence de bactéries dans les systèmes de ventilation a suscité un grand intérêt lorsque la maladie des légionnaires a frappé 180 personnes, en tuant 29, lors d’un congrès tenu à Philadelphie en 1976204. Outre leur potentiel pathogène, les bactéries sont une cause importante de problèmes de santé et leur surveillance peut se faire en parallèle avec celle des moisissures dans l’air intérieur205.

La lutte contre les microbes passe par la lutte contre l’humidité172,173. Pour prévenir la contamination fongique il faut, dès l’étape de la conception, prévoir certains détails architecturaux, bien choisir les matériaux et réguler l’humidité par la ventilation172,206. On peut obtenir plus d’information à ce sujet dans la page de références sur les maisons saines de la SCHL ainsi qu’auprès de l’Association canadienne de la construction172 et de l’Ordre des architectes de l’Ontario173. À la suite des ouragans de 2005, les Centers for Disease Control des États-Unis ont publié un article sur les moisissures assorti d’un sommaire des méthodes de nettoyage pour la décontamination des bâtiments207.

Les produits de blanchiment au chlore sont parfois recommandés pour le nettoyage des moisissures résiduelles207. Toutefois, les vapeurs de ces produits peuvent causer des problèmes aux personnes souffrant d’allergies ou d’hypersensibilité environnementale208-212, et la US Environmental Protection Agency déconseille l’utilisation courante de ces produits213. Le phosphate trisodique ou un produit de blanchiment au peroxyde (peroxyde d’hydrogène) appliqués à l’aide d’une brosse de métal sont des produits de nettoyage efficaces. Une autre solution de rechange, qui est moins étudiée, consiste à recourir à des organismes utiles pour détruire les moisissures avant le nettoyage final et les travaux de rénovation, et empêcher ainsi la réinfestation214. Enfin, la lumière ultraviolette, qui s’est révélée efficace pour la désinfection de l’eau, n’a aucune efficacité pour l’élimination des moisissures dans l’airu.

Ventilation

Sans ventilation, il n’est pas possible de maintenir la qualité de l’air intérieur. Les matériaux et les équipements à l’intérieur du milieu de travail produisent des émissions; les occupants émettent du dioxyde de carbone; et des odeurs se dégagent des personnes et de la nourriture. La ventilation est essentielle pour évacuer ces émissions, mais elle ne peut se substituer à la priorité fondamentale qui est de minimiser la pollution atmosphérique provenant des structures, des accessoires fixes, des meubles et des équipements.

Il est généralement préférable de ventiler les locaux naturellement en ouvrant les fenêtres, mais cela n’est ni pratique lors d’intempéries, ni possible dans les immeubles commerciaux modernes. Ainsi, lorsque les contaminants de l’air proviennent de la cuisson d’aliments, de l’utilisation de la salle de bains ou de photocopieurs, un ventilateur mécanique est la seule méthode efficace d’élimination des vapeurs. De plus, l’air extérieur ne peut pénétrer dans un bâtiment que s’il y a une différence de pression atmosphérique entre l’intérieur et l’extérieur, comme une circulation d’air ou ce que l’on appelle un « effet de cheminée ». La conception, l’exploitation et l’entretien des systèmes de chauffage, de ventilation et de conditionnement d’air (CVCA) sont donc d’une grande importance215. Les normes établies en Amérique du Nord par l’ASHRAE216 ne garantissent pas une santé optimale. Un plus grand confort a été observé lorsque les dispositions de la norme ASHRAE sur la ventilation étaient dépassées76,79,83,217,218, comme l’a d’ailleurs reconnu l’ASHRAE dans un exposé de principe181.

Les systèmes de ventilation, de chauffage et de conditionnement d’air doivent être conçus et exploités de façon à produire le moins possible de condensation et d’accumulation d’eau (sauf dans des condenseurs conçus pour la déshumidification). Il est extrêmement important de bien entretenir ces systèmes pour prévenir l’accumulation de poussière et d’eau, ou la croissance de microbes172.

Toute rénovation risque de compromettre le rendement du système de CVCA, si on n’accorde pas l’attention voulue aux raccords de ventilation et à la circulation d’air dans les locaux rénovés (construction de murs, ajout de portes, déplacement de meubles). Il faut veiller à ce que les bouches de ventilation ne soient pas obstruées par des appareils ou par des employés soucieux d’éliminer un courant d’air. Aussi, il est possible que, pour assurer une meilleure qualité d’air intérieur, on doive modifier des systèmes de ventilation conçus et installés à une époque où les besoins de ventilation étaient moindres.

Les niveaux de pollution sont généralement plus élevés à l’intérieur qu’à l’extérieur. On a donc habituellement recours à l’apport d’air frais pour éliminer les polluants intérieurs. Pendant la saison froide, on a aussi recours à l’apport d’air extérieur, plus sec que l’air intérieur, pour réduire l’humidité dans les locaux. Or, l’air extérieur peut contenir des sources de contamination de l’air intérieur, notamment les émissions des véhicules (y compris des véhicules stationnés dans les garages intérieurs), les pesticides, la fumée de combustion de bois et l’air évacué des immeubles adjacents.

Filtration de l’air

Les filtres HEPA, ou filtres à très haute efficacité, débarrassent l ’air ambiant de la poussière et des aérosols, et ils peuvent améliorer la santé des personnes souffrant d’allergies, d’asthme et d’hypersensibilité environnementale219. Malheureusement, il n’existe pas de règlement pour déterminer ce qui peut être désigné « filtre HEPA ». Le charbon actif ou d’autres milieux filtrants, comme le permanganate de potassium, sont efficaces pour retenir plusieurs composés organiques volatils, mais pas tous.

La filtration de l’air d’appoint, à l’admission et à diverses étapes de son traitement, peut améliorer la qualité de l’air. Mais des filtres non entretenus deviennent une source de contamination, en particulier lorsque le temps est humide et propice à la prolifération de microbes219-221.

Lorsque de nombreux travailleurs en sont munis, les filtres à air individuels peuvent mener à une amélioration des paramètres de qualité de l’air et de santé82. Lors de consultations, les filtres à air individuels à l’intérieur des bureaux fermés ont été cités comme une mesure d’adaptation courante, au R.-U, pour les employés de bureau sensibles aux facteurs environnementaux v. Certes, il y aurait lieu de privilégier une solution qui améliorerait la qualité de l’air de tous les travailleurs et qui faciliterait l’accès aux autres locaux, comme les toilettes; mais les filtres à air individuels peuvent sûrement être considérés comme une mesure d’adaptation valable, lorsqu’ils sont conjugués à d’autres mesures.

Lutte antiparasitaire

Les pesticides sont souvent en cause dans l’apparition et le déclenchement des manifestations d’hypersensibilité3,30. Les insecticides courants ralentissent l’activité de l ’enzyme acétylcholinestérase (AChE), phénomène lié à des troubles neurologiques et à l’immunosuppression222. Le Collège des médecins de famille de l’Ontario recommande de prendre toutes les mesures possibles pour limiter l’exposition aux pesticides223. Au Canada, le système d’évaluation des pesticides a été critiqué par suite de la réévaluation des utilisations de l’acide 2,4-D comme herbicide53.

Heureusement, de nos jours, la lutte antiparasitaire ne nécessite plus le recours aux produits chimiques les plus toxiques. À titre d’exemple, dans les hôpitaux d’Ottawa, un entretien et une désinfection énergiques, menés à titre préventif, et la surveillance et le contrôle des insectes par des moyens électroniques non toxiques et des pièges à phéromones ou à appâts, ont remplacé la pulvérisation de produits chimiques toxiques dans les zones où on manipule des aliments. Il a suffi d’éliminer les conditions favorables à la croissance et à la multiplication des animaux nuisibles (p. ex., l’humidité et le bois en décomposition), d’appliquer des solutions à faible technicité (p. ex., les pièges) et de faire une application judicieuse et restreinte des produits les moins toxiques, approuvés pour l’agriculture biologique (p. ex., le borax ou la terre de diatomées). Les produits chimiques les plus toxiques, comme les insecticides contenant des composés organophosphorés et du carbamate ne sont tout simplement jamais utilisés w.

Le Code de gestion des pesticides du Québec interdit l’application des pesticides toxiques courants sur les surfaces gazonnées du Québec, et plus de 130 villes et villages du Canada sont à diverses étapes de mise en œuvre de règlements sur les pesticides63. De nombreux établissements, y compris des hôpitaux et des commissions scolaires, ont également résolu de s’abstenir de toute utilisation de pesticide à des fins horticoles. L’application scientifique de principes sains en agronomie/horticulture donne des végétaux en santé et résistants aux maladies et aux insectes, et rend les pesticides superflusx.

Rayonnements et champs électromagnétiques

Le « rayonnement électromagnétique » englobe un large éventail de fréquences (plus de 20 ordres de grandeur), allant des faibles fréquences du courant d’alimentation électrique, des ondes radioélectriques et micro-ondes, de l’infrarouge et de la lumière visible, aux rayons X et aux rayons cosmiques224. Nous connaissons très peu les effets biologiques de la grande majorité des fréquences et nous avons raison d’être inquiets225-230. La question suscite encore de vives discussions231-233, certains associant les acouphènes, les tumeurs au cerveau et les névromes du nerf auditif aux téléphones mobiles234-237.

Les personnes qui vivent à proximité des antennes de télécommunications et des antennes radar sont exposées aux émissions de celles-ci. Le rayonnement passe à travers les murs des bâtiments et peut suivre les conducteurs électriques ou des tuyaux métalliques. Les communications sans fil génèrent, à l’intérieur des bâtiments, des niveaux de rayonnement électromagnétique supérieurs de plusieurs ordres de grandeur aux niveaux naturels238.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît l’hypersensibilité à l’électromagnétisme (HSEM). Elle a publié pour 2006 un programme de recherche sur les champs radiofréquence239. L’OMS recommande que les personnes hypersensibles subissent une évaluation médicale approfondie. Elle ajoute : « des études laissent à penser que certaines réactions physiologiques des individus se plaignant de HSEM auraient tendance à se situer en dehors des valeurs normales. Il convient notamment, dans le cadre des enquêtes cliniques, de rechercher une hyperactivité du système nerveux central et un déséquilibre du système neurovégétatif et d’utiliser les résultats individuels comme élément d’orientation en vue d’un traitement éventuel. » Les études portant sur les personnes hypersensibles devraient prévoir une acclimatation suffisante des sujets, comme le recommande Joffres pour les hypersensibilités chimiques72, et reconnaître qu’il existe des hypersensibilités à des longueurs d’ondes particulières. Par ailleurs, la diminution des rayonnements électromagnétiques pourrait mener à une amélioration des symptômes chez les personnes souffrant de fatigue chronique240.

Il convient de noter que les COV émanant de matériels électriques peuvent aussi engendrer des manifestations d’hypersensibilité84. Les différents types d’appareils (p. ex., équipements médicaux, téléphones analogiques ou numériques; moniteurs à écran plat et ordinateurs portables, ou gros moniteurs anciens) produisent des champs électromagnétiques dont la force, la fréquence et la configuration varient grandement238.

Éclairage

La lumière visible est constituée d’une étroite bande de rayonnement électromagnétique. La lumière agit sur la sécrétion de certaines hormones, dont le cortisol et la mélatonine241-244, qui influent sur la capacité de dormir, entre autres choses. Les troubles affectifs saisonniers (TAS), soit une forme de dépression et de fatigue dont sont atteintes certaines personnes pendant les mois d’hiver, peuvent être soulagés par une exposition accrue à certaines longueurs d’onde de lumière de la partie bleue du spectre245. Les personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale peuvent être exceptionnellement sensibles à la lumière, y réagissant positivement ou négativement. Un éclairage naturel ou en spectre continu, sans scintillement, est souvent la meilleure solution, mais il y a lieu de consulter les personnes concernées, car certaines réagissent mal à la lumière vive.

Les lampes fluorescentes, de plus en plus courantes, notamment parce qu’elles consomment moins d ’électricité que les lampes à incandescence, peuvent augmenter les radiofréquences dans les conducteurs électriques et entraîner des problèmes pour les personnes sensibles aux champs électromagnétiques. Le scintillement peut aussi exacerber certaines sensibilités246.

Rayonnement électromagnétique produit par l’emploi d’électricité

L’emploi d’électricité donne lieu à quatre phénomènes : courant tellurique; « brouillard électromagnétique » produit par l’équipement de télécommunications; champs magnétiques produits par les conducteurs et le matériel spécialisé; et radiofréquences dans les fils électriques, ou « électricité sale ».

Courant tellurique

Le courant tellurique ou « courant vagabond » est un courant qui n’est transporté par aucun conducteur et qui se propage dans le sol, dans les structures des bâtiments, la plomberie, etc. Il suit l’itinéraire qui offre le moins de résistance (p. ex., des tuyaux ou des tiges de métal plutôt que du bois ou du béton), et a divers effets sur la santé, causant notamment des problèmes de comportement, et des troubles cardiovasculaires et du système de reproduction (stérilité et déficiences de naissance)247-249.

Le 19 octobre 2006, le projet de Loi concernant la pollution causée par le courant tellurique était unanimement accepté en deuxième lecture par l’Assemblée législative de l’Ontario. Le projet de loi définit ce qu’est un « courant indésirable » y, il impose des délais aux fournisseurs d’électricité pour donner suite aux plaintes et remédier au problème, le cas échéant, et il prévoit l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan en vue d’éliminer les courants qui se propagent dans le sol plutôt que dans le conducteur neutre.

Champs électromagnétiques faible fréquence

Les champs électromagnétiques très faible fréquence générés par les lignes de transport d’électricité haute tension ont été associés à des dommages génétiques250 et à la leucémie chez les enfants, et ils peuvent être considérés comme un agent cancérogène professionnel251.

Les travailleurs qui utilisent des appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM) ont donné un exemple éloquent des effets des champs magnétiques sur la santé. La propagation de courant électrique crée un champ magnétique (mesuré en Gauss, ou en teslas dans le SI), et lorsque des conducteurs (y compris des tissus biologiques) pénètrent dans un champ magnétique, cela induit des courants électriques. Les travailleurs éprouvaient des maux de tête et des problèmes cognitifs plus fréquents et plus graves à mesure qu’augmentaient la durée d’exposition et l’intensité des champs magnétiques252. Les travailleurs qui avaient les mouvements les plus rapides, et qui produisaient les courants induits les plus forts, étaient ceux qui éprouvaient les plus grands malaises.

Équipements de télécommunications

En 1999, la Société royale du Canada a étudié, pour le compte de Santé Canada, les risques potentiels pour la santé humaine associés aux transmissions radiofréquence, et a publié des mises à jour de son rapport en 2001 et 200456. Le dernier rapport résume et appuie les positions prises par de nombreuses autres administrations en Grande-Bretagne, en Europe et aux États-Unis (notamment la Californie). La réglementation des télécommunications vise à éviter l’effet thermique sur les tissus produit par une exposition au rayonnement électromagnétique. Toutefois, d’autres phénomènes biologiques sont plausibles et observés à des niveaux d’exposition beaucoup plus faibles7. Malgré l’absence de preuves permettant de conclure à des effets particuliers sur la santé attribuables à de faibles expositions aux radiofréquences, la Société royale a recommandé de poursuivre la recherche sur cette question55,56. Des liens de plus en plus nets sont faits entre certains cancers (en particulier les névromes du nerf auditif) et l’utilisation de téléphones mobiles235,237,253,254. Étant donné la gravité des effets nocifs pour la santé, et comme il existe des technologies de remplacement, une approche prudente s’impose255.

En 2006, se fondant sur une revue détaillée de la littérature scientifique, l’ International Firefighters Association s’est prononcée contre l’installation d’équipements de télécommunications sur les casernes de pompiers256. La prolifération des modes de communications sans fil, comme Internet, le WiFi, les téléphones cellulaires, la radio par satellite, les transmissions par micro-ondes, la télédiffusion, etc. accroît le niveau et la durée d ’exposition de la population aux fréquences électromagnétiques. Les blindages peuvent bloquer le rayonnement électromagnétique (mais pas les champs magnétiques). Les bâtiments, la topographie, les conditions météorologiques et le voisinage immédiat influent sur l’exposition due aux télécommunications, reflétant le rayonnement ou, au contraire, le concentrant pour créer de forts niveaux d’exposition localisés. Les champs électromagnétiques mesurés dans les villes canadiennes sont plusieurs fois supérieurs aux niveaux permis par les règlements z. La réglementation canadienne n’oblige pas les fournisseurs à indiquer la puissance des émissions produites par les équipements de télécommunications. L’utilisation de technologies de remplacement (transmission de données par fil ou par fibre) est la façon la plus simple et la plus efficace de répondre aux besoins des travailleurs sensibles à l’électromagnétisme.

Radiofréquences dans les fils électriques

De nouvelles recherches concernant l’hypersensibilité à l’électromagnétisme portent sur le « bruit » RF dans les lignes électriques. Ce bruit vient d’un mauvais câblage et du « hachage » du signal 60 cycles dans les nouveaux dispositifs électroniques éconergétiques. Une intervention sur le câblage et l’ajout à l’appareil électrique de circuits accordés à faible coût sont deux façons d’éliminer ce problème. Il est aussi possible de brancher des filtres Graham-Stetzer dans les prises électriques pour éliminer ces hautes fréquences. Plusieurs effets bénéfiques pour la santé ont été attribués à ces filtres, qui créent un environnement électromagnétique plus « sain »; ils ont eu notamment des effets positifs sur la sclérose en plaques, les problèmes de comportement et l’asthme chez les écoliers, et sur le diabète8.

Les normes canadiennes sur le matériel électrique n’exigent pas d’essai et n ’imposent pas de limite pour ce qui est de l’« électricité sale ». La CSA exige que la plupart des produits soient évalués uniquement en regard des dangers de choc électrique et d’incendie. Des essais de compatibilité électromagnétique sont exigés pour les ballasts des lampes fluorescentes et le matériel médical, et ils peuvent être réalisés à la demande des fabricants.

Les résultats d’études sur les effets des phénomènes électromagnétiques sur la santé ne font pas l’unanimité. Ce manque de consensus peut être attribué aux limites méthodologiques, y compris à des paramètres non mesurés et non contrôlés, comme la qualité du signal électrique, les radiofréquences, des niveaux d’exposition élevés localement et les courants telluriques.

Résumé

Un des moyens les plus efficaces et les plus économiques d’avoir des bâtiments sains et une bonne qualité de l’air intérieur est de réduire au minimum les polluants potentiels dès l’étape de la construction et de la rénovation. Cela comprend des surfaces qui nécessitent peu d’entretien et ne libèrent pas de gaz dans l’air, un design et une construction propres à minimiser l’humidité et les moisissures, et un système de ventilation dont les prises d’air sont situées plus haut que le niveau du sol. La volonté d’économiser l’énergie peut inciter à réduire la ventilation dans des bâtiments étanches, ce qui renforce d’autant la nécessité d’utiliser des matériaux, des finis et des meubles et accessoires qui contiennent et émettent peu de composés toxiques et volatils. Pour réduire la toxicité au moment de la construction, de l’entretien et de la lutte antiparasitaire, et limiter l’exposition aux phénomènes électromagnétiques, il faut porter une attention aux détails et accepter des coûts légèrement supérieurs. Puis, pour minimiser la présence de facteurs environnementaux initiateurs et déclencheurs d’hypersensibilité environnementale, comme les parfums, la poussière et l’échappement des véhicules, il faut faire de l’éducation et appliquer des politiques, et utiliser des méthodes d’entretien appropriées.

h. ANSI/ASHRAE, addenda c à la norme ANSI/ASHRAE 62.1-2004, American Society of Heating, Refrigeration and Air-conditioning Engineers, Inc., Atlanta, Georgie.
i. Communication personnelle, Dr Kartar Badsha, Environmental Law Centre, R.-U. (14 août 2006)
j. « Considérant la diversité des contaminants de l’air intérieur et les divers niveaux de vulnérabilité à ceux-ci dans la population, la conformité n’est pas une solution acceptable pour tous. » (Traduction). ASHRAE Standard 62, Ventilation for Acceptable Indoor Air quality. American Society of Heating, Refrigeration and Air-conditioning Engineers, Inc., Atlanta, Georgie.
k. ASHRAE® STANDARD, BSR/ASHRAE Standard 62.2P: Ventilation and Acceptable Indoor Air Quality in Low-Rise Residential Buildings, American Society of Heating, Refrigeration and Air-conditioning Engineers, Inc., Atlanta, Georgie.
q. Hôpitaux ontariens qui ont adopté une politique de milieu de travail sans parfum : Toronto General Hospital; Women's College Hospital, Toronto; Wellesley Hospital, Toronto; Lyndhurst Spinal Hospital, Toronto; Middlesex Hospital Alliance, Middlesex; Leamington District Hospital, Leamington; Grand River Hospital, Freeport Health Centre, Kitchener; L’Hôpital d’Ottawa, Campus Civic; L’Hôpital d’Ottawa, Campus Général; Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa; Queensway-Carleton Hospital, Ottawa; Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, Institut de recherche en santé d’Ottawa; Kingston General Hospital; Hotel Dieu Hospital, Kingston; Soldiers’ Memorial Hospital, Orillia; Niagara-on-the-Lake General Hospital; Hôpital général de North Bay.
r. Y compris les Universités Dalhousie, McMaster, Acadia, Memorial, St. Mary’s, Thompson Rivers, Mt. Allison et Malaspina, et les Universités de Calgary, de Toronto, de Windsor, de Colombie-Britannique, de l’Île-du-Prince-Édouard, d’Ottawa, de Victoria, de Saskatchewan, de Waterloo et de Guelph.
u. Essais inédits réalisés par Prof. Tang G. Lee, Université de Calgary, 1er avril 2001.
v. Communication personnelle, Dr Kartar Badsha, Environmental Law Centre, R.-U. (14 août 2006)
w. Doug Perkins, DPEnvironmental, services de lutte antiparasitaire raisonnée pour les hôpitaux d’Ottawa, communication personnelle, 30 juillet 2006
x. Frank Reddick, agronome, Turflogic, communication personnelle, 4 août 2006
y. « courant indésirable » État ininterrompu d’un courant tellurique qui passe pendant cinq secondes ou plus dans un conducteur de terre ou tout autre conducteur qui ne transporte généralement aucun courant électrique. Est toutefois exclu de la présente définition tout courant temporaire découlant d’un défaut d’origine électrique occasionné par un défaut phase-masse, lequel résulte lui-même du rendement des fonctions protectrices d’un conducteur de terre en ce qui a trait aux défauts ou à la foudre.
z. Dr Andrew Michrowski, Ottawa, 5 décembre 2006, communication personnelle concernant son étude inédite réalisée pour la SCHL.

 

Page précédenteTable des matièresPage suivante