Symbole du

Aperçu

Élargir nos connaissances

Programme de recherche

Prévention de l’hypersensibilité environnementale et mesures d’adaptation

La nécessité d’agir pour prévenir l’hypersensibilité environnementale et répondre aux besoins des personnes hypersensibles est de plus en plus reconnue. Un environnement intérieur de mauvaise qualité peut affecter les travailleurs non sensibles et nuire à leur productivité, voire leur faire courir le risque de devenir hypersensibles. Cette section aborde des sujets directement reliés au milieu de travail, et présente certaines adaptations possibles. Les coûts et avantages reliés à des lieux de travail plus sains sont également évoqués.

Hypersensibilités environnementales et milieu de travail

Organisation du lieu de travail

Les employés doivent pouvoir accéder à leur lieu de travail, aux « outils nécessaires pour exécuter leur travail », comme du matériel de bureau, et à des commodités, comme des toilettes. Les adaptations pour personnes hypersensibles doivent comprendre une bonne qualité de l’air, l’application de normes concernant le bâtiment, les meubles et accessoires et les matériaux, et des pratiques appropriées d’entretien des halls d’entrée, des corridors, des ascenseurs et escaliers, des toilettes et des postes de travail. Les locaux où sont situés des appareils qui produisent des émissions (p. ex., photocopieurs, imprimantes et télécopieurs) doivent être raccordés à un réseau de ventilation distinct. Les vêtements d’extérieur peuvent être rangés dans des armoires fermées, munies d’une sortie de ventilation. On peut désigner une des salles de réunion salle « air pur », selon les lignes directrices cleaner air room édictées en Californie. Aussi, des zones « sans sans-fil » peuvent être envisagées, afin d’améliorer à la fois la santé des travailleurs et la sécurité des communications.

Selon un rapport publié en 2006, le Canada autorise l’utilisation, à des fins agricoles, de 60 pesticides qui sont interdits ailleurs. De plus, les limites maximales de résidus sont plus élevées et le contrôle des pesticides dans les aliments est moins serré au Canada que dans beaucoup d’autres pays257. Pour ce qui est des milieux de travail, on pourrait penser à afficher la liste des ingrédients des aliments offerts à la cafétéria. Par ailleurs, il est important pour les personnes sensibles d’avoir accès à de l’eau filtrée.

Coûts d’énergie et ventilation

À mesure qu’augmentent les coûts d’énergie associés au chauffage et à la climatisation, les propriétaires et gestionnaires d’immeubles se sentent de plus en plus enclins à réduire la ventilation pendant les périodes où les immeubles ne sont pas occupés. Les ventilateurs du type « récupérateur de chaleur » permettent de maintenir la ventilation sans alourdir les coûts258.

Interrompre l’échange d’air pendant la nuit et les weekends ou les congés mène à une accumulation de COV. Il est alors d’autant plus nécessaire de limiter l’utilisation de matériaux responsables de dégagements gazeux dans l’environnement intérieur. La filtration de l’air peut remplacer en partie l’apport d’air frais pendant les périodes où les bâtiments ne sont pas occupés, à condition qu’aucune source de pollution, comme un appareil à combustion, ne mène à l’accumulation de dioxyde ou de monoxyde de carbone.

L’accumulation intermittente de COV n’est pas souhaitable, car les COV sont absorbés par les surfaces du mobilier et les tissus. Même si l’air peut être rapidement évacué, les COV absorbés se libèrent plus lentement, contribuant à vicier l’air pendant une période prolongée.

Les environs du bâtiment

Le milieu de travail n’est pas plus isolé du voisinage que ne le sont les travailleurs de leur environnement. L’aménagement paysager, les parfums libérés par les buanderies des voisins et d’autres polluants de l’air extérieur peuvent compliquer l’accès au milieu de travail et la ventilation peut miner la qualité de l’air intérieur.

Les prises d’air des bâtiments sont habituellement situées près du sol parce que l’appareil de chauffage est au sous-sol. Il s’ensuit l’infiltration de débris, de poussière, de moisissures du sol et de neige. Les prises d’air doivent être éloignées des sources de pollution comme les quais de chargement; elles doivent être situées en hauteur, pour prévenir l’introduction des contaminants se trouvant au niveau du sol.

L’échappement des véhicules est particulièrement inquiétant. En octobre 2005, le ministre de l’Éducation du Nouveau-Brunswick annonçait l’interdiction de la marche au ralenti pour tous les autobus d’écoliers de la province. Première initiative du genre au Canada, cette interdiction visait à protéger la santé et économiser le carburant. Les affiches « La marche au ralenti NE MÈNE NULLE PART » sont de plus en plus répandues, comme les politiques interdisant la marche au ralenti à proximité des entrées d’immeubles et près des prises d’air.

La proximité des lignes électriques à haute tension et des transformateurs doit être évitée, et les tableaux de distribution électrique à fusibles ou à disjoncteurs doivent être éloignés des postes de travail. L’alimentation et le câblage électriques doivent être conçus et entretenus de façon que les circuits soient autonomes et équilibrés, et que les effets électriques soient conservés dans les conducteurs. On doit aussi tout faire pour minimiser l’exposition aux rayonneme nts radiofréquence.

La qualité de l’air à l’intérieur des véhicules

Les conducteurs de camions et d’autobus sont régulièrement exposés aux émanations de carburant et aux gaz d’échappement, ce qui peut provoquer chez eux des manifestations d’hypersensibilité. La marche au ralenti n’est aucunement nécessaire pour les autobus scolaires et les camions de livraison, mais elle peut l’être pour certaines ambulances. Les gaz d’échappement peuvent être extrêmement nocifs pour les personnes hypersensibles, et ils peuvent aggraver le danger auquel elles sont exposées lors d’une intervention sanitaire d’urgence. Éviter l’exposition aux gaz d’échappement peut améliorer le pronostic de beaucoup de gens, notamment des personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale.

Une mauvaise qualité de l’air dans les véhicules de transport en commun limite la mobilité des personnes sensibles, lesquelles sont surreprésentées dans les groupes les plus défavorisés sur le plan-socioéconomique10. Celles qui sont assez fortes et dont les voies respiratoires sont suffisamment saines peuvent porter des masques au charbon activé pour avoir accès à des lieux où la qualité de l’air est mauvaise, comme les transports en commun. Toutefois, ces filtres au charbon sont coûteux, ils ont une efficacité et une durée de vie limitées, et ils doivent être remplacés régulièrement (parfois toutes les semaines). L’interdiction de la marche au ralenti est très utile, et les technologies de remplacement et éconergétiques, comme les véhicules hybrides, doivent être envisagées.

Documentation

Publications reliées au milieu de travail

Les quatre publications ci-après portent précisément sur les mesures à prendre pour répondre aux besoins des personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale dans le milieu de travail :

et Accommodating Employees with Environmental Sensitivities: A Guide for Building Managers par Leslirae Rotor, Elizabeth Hare et Debra Sine. par Pamela Reed Gibson, Ph.D. James Madison University.
  • La polysensibilité chimique au travail
(1997) est un guide publié par l’Alliance de la fonction publique du Canada pour les membres de l’AFPC. Il aborde les questions de reconnaissance et de tolérance, et donne des détails concernant les mesures d’adaptation. Un guide sur les environnements sans parfum a été publié en 1998 dans la foulée de ce guide192.
  • Environmental Hypersensitivity in the Workplace
(1994) par Bruce Small and Associates présente le phénomène de l’hypersensibilité et dresse la liste des facteurs environnementaux et des mesures d’adaptation à prendre en compte pour répondre aux besoins des personnes présentant une hypersensibilité chimique, biologique et électromagnétique.

Le ministère fédéral de la Justice a publié Politique sur les aménagements aux différents besoins en milieu de travail (juin 2001). Il s’agit d’un document de nature générale qui expose les répercussions positives qu’entraînent les mesures d’adaptation mises en place pour les personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale.

La Société canadienne de médecine environnementale a publié le guide en deux volumes intitulé Environmental Health in Hospital (2001) à l’intention du personnel des hôpitaux. Il aborde la prévention de la pollution et les soins aux patients atteints d’hypersensibilité environnementale. Le premier volume contient une information détaillée sur l’entretien et les pratiques d’entretien, tandis que le second volume porte sur les soins aux patients.

Les programmes d’hygiène au travail doivent comprendre des mesures de sensibilisation et une action précoce pour minimiser les expositions aux produits toxiques, de même que le dépistate d’hypersensibilités chez les employés, selon les indications de la New Zealand Association of Hairdressers Inc.259. (Aux États-Unis, 20 % des coiffeurs/coiffeuses quittent la profession pour des raisons de santé260.)

L’évaluation des phénomènes électromagnétiques dans le milieu de travail suppose la prise de toute une gamme de mesures et, éventuellement, la mise en place de correctifs261, qui peuvent aller de la modification du câblage du bâtiment à l’utilisation de technologies de remplacement.

De nombreux guides et sites Web d’auto-assistance discutent des adaptations possibles pour personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale. L’annexe C en présente quelques-uns.

Publications reliées aux bâtiments « verts »

Le Conseil du bâtiment durable du Canada (Leadership in Energy and Environmental Design – LEED)184 a publié des lignes directrices destinées à l’industrie de la construction qui visent à atténuer l’impact des bâtiments sur l’environnement et à améliorer la qualité de l’environnement intérieur. L’Association des propriétaires et gestionnaires d’immeubles (BOMA) fait elle aussi la promotion d’une gamme de normes environnementales qui portent autant sur l’efficacité énergétique que sur la qualité de l’air intérieur. Bien qu’elles ne protègent pas parfaitement les personnes atteintes d’hypersensiblité environnementale, ces lignes directrices recommandent des mesures utiles pour atténuer plusieurs problèmes environnementaux importants.

Pratiques exemplaires – Adaptations pour les enfants dans les garderies et les écoles

Certaines des lignes directrices les plus détaillées et les plus rigoureuses concernant l’amélioration de la qualité de l’air intérieur et la réduction des microbes et des COV dans l’air intérieur découlent des efforts faits pour procurer des environnements sains aux enfants. L’organisme Citizens for a Safe Learning Environment (CASLE) a fait un examen exhaustif des paramètres à prendre en compte pour optimiser l’environnement intérieur des établissements. Récemment, le Partenariat canadien pour la santé des enfants et de l’environnement publiait Playing it Safe: Service Provider Strategies to Reduce Environmental Risks to Preconception, Prenatal and Child Health (en anglais). Le Partenariat offre également une liste de contrôle des nombreux facteurs influant sur l’hypersensibilité environnementale, qui fait suite à son livre Child Health and the Environment - A Primer (en anglais). Santé Canada a élaboré une « Trousse d’action » qui vise à optimiser la qualité de l’environnement dans les écoles 30. Les stratégies proposées ne sont pas aussi exigeantes que celles des CASLE. En septembre 2006, l’État de New York obligeait les écoles à adopter des méthodes de « nettoyage écologique », espérant ainsi apporter un soulagement aux problèmes d’asthme et de comportement.

La prévention des hypersensibilités chez les enfants ou l’adaptation de locaux aux besoins d’enfants hypersensibles relèvent de principes semblables à ceux qui sont appliqués dans le milieu de travail. Au nombre de ces adaptations figurent des nettoyants non toxiques et sans parfum; du matériel d’apprentissage non toxique (documents, livres et papier à écrire); des systèmes de ventilation et de purification de l’air de grande qualité; une construction et un entretien qui font échec aux moisissures; des rénovations qui font appel à des matériaux non toxiques, sans aucune moquette, qui ne sont jamais effectuées en présence d’enfants, et qui laissent un délai suffisant pour les dégagements gazeux; le maintien d’un environnement exempt d’odeur; des aliments biologiques et nutritifs ne contenant aucun colorant, agent de conservation ni arôme artificiel; l’évitement de sources connues de contamination, comme la peinture contenant du plomb; et le recours aux méthodes de lutte antiparasitaire les moins toxiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, en prévoyant une importante zone tampon lors de l’application de pesticides plus toxiques (comme l’exige le Code des pesticides du Québec).

Coûts et avantages des mesures d’adaptation

Une stratégie efficace pour atteindre l’objectif d’un environnement intérieur sain et d’une bonne qualité de l’air est d’éviter le plus possible les polluants potentiels dès le moment de la construction et de la rénovation. La volonté d’économiser l’énergie peut inciter à réduire la ventilation dans des bâtiments étanches, ce qui renforce d’autant la nécessité d’utiliser des matériaux, des finis et des meubles et accessoires qui émettent peu d’éléments toxiques et volatils. Des environnements intérieurs sains pour les écoliers représentent un bon rapport coût-efficacité en ce qui a trait à la construction et à l’entretien de l’immeuble262, et ils mènent à l’amélioration de la santé et de l’apprentissage8,86,262,263. Les travailleurs assistent aussi à une amélioration de leur santé et de leur productivité dans un environnement intérieur de meilleure qualité8,79,83,218,264-266.

Les coûts associés aux mesures d’adaptation peuvent comprendre certains travaux de rénovation (p. ex., remplacer les moquettes ou les meubles par des éléments mieux tolérés), mais les adaptations les plus importantes sont parfois de simples changements de comportement. Il peut suffire, par exemple, d’utiliser des nettoyants moins toxiques, comme du vinaigre et de l ’eau chaude. Les avantages suscités par de telles mesures (accroissement de la productivité des travailleurs, amélioration du comportement et de l’apprentissage des étudiants8,79,83,218,264-266) sont tels que, d’un point de vue économique262, les choix à faire concernant la qualité de l’environnement intérieur deviennent clairs.

Résumé

Les personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale devraient pouvoir être mises à contribution dans les adaptations faites pour répondre à leurs besoins. Une foule d’aspects entourant l’environnement de travail doivent être évalués. Il existe des documents sur les mesures d’adaptation, de même que des guides sur la construction et la rénovation de bâtiments répondant aux besoins des personnes atteintes d’hypersensibilité environnementale. Concevoir, planifier et agir pour réduire au minimum les facteurs du milieu de travail susceptibles d’affecter les personnes hypersensibles engendre des avantages, sur les plans de la santé et de la productivité, qui compensent largement les coûts supplémentaires que cela peut représenter. L’état de santé et la capacité de travailler des personnes hypersensibles reposent sur l’intervention d’autrui, notamment des gestionnaires d’immeubles, de leurs collègues et de leurs clients.

 

Page précédenteTable des matièresPage suivante